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L’aventure du thé en Iran et ailleurs

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La culture du thé et sa consommation remontent à plus de deux millénaires avant Jésus-Christ, et ce sont les Chinois qui en furent les premiers bénéficiaires. Ce sont les premiers à avoir cultivé et infusé les feuilles de cette plante aujourd’hui si prisée nommée tchây (également son actuel nom persan). D’après les légendes, le thé fut découvert en 1737 av. J.-C. par un empereur chinois du nom de Shen Nong, héros civilisateur de la mythologie chinoise à qui l’on attribue par ailleurs l’invention de la houe, de l’araire et la découverte des vertus médicinales de certaines plantes. A en croire cette même mythologie chinoise, l’empereur a pris conscience des vertus de la feuille de thé quand l’une d’elles, emportée par le vent, se retrouva dans un bol d’eau bouillante qui se trouvait devant lui. Il est dit que les Chinois continuèrent dès lors à cultiver le thé à grande échelle. Avec la dynastie des Hans (206 av. J.-C.- 220 ap. J.-C.), dynastie qui succéda à celle des Qin, les choses prirent de l’ampleur et on inventa quantité d’accessoires qui constituent aujourd’hui encore la panoplie des amateurs de thé.

 

De même, la plante de thé et ses variétés sauvages existaient au Laos et dans certaines régions septentrionales de l’Inde dont l’Assam et le Tonkin. De nos jours, la culture du thé est courante et se pratique presque partout dans le monde, là où les conditions météorologiques lui sont favorables, notamment dans des pays tels que le Japon, la Chine, le Ceylan, l’Inde, sur le continent européen également, et bien sûr en Iran. Les arbres à thé sauvages furent pour la première fois découverts dans les régions méridionales de la Chine et celles du sud-est de l’Inde, avant de se faire connaître dans les régions littorales de l’Océan Pacifique et d’atteindre ensuite le Japon et l’Indonésie. Pendant des siècles, la culture du thé était exclusivement l’apanage de la Chine, alors que les autres régions du monde n’en connaissaient pas même l’existence. Seuls les moines bouddhistes en cultivaient dans leur temple et s’en servaient afin de guérir certaines maladies et éloigner le sommeil. 

 

Pendant des milliers d’années, les agriculteurs chinois cueillaient les feuilles sauvages de thé et les exposaient au soleil pour les faire sécher et les préparer.

 

Pour poursuivre dans le registre mythologique, notons également qu’il existe une légende chinoise concernant l’apparition du thé selon laquelle un moine nommé Bodhidharma se serait arraché les cils et les aurait jetés à terre pour éviter de s’endormir. Ses cils s’y seraient alors enracinés et auraient ensuite donné naissance à l’arbre à thé dont les feuilles allaient désormais être utilisées pour lutter contre le sommeil. 

 

A partir du XVe siècle, la culture du thé a prospéré, notamment en Europe, dans des pays comme l’Angleterre, la France, les Pays-Bas, l’Allemagne, ainsi que dans certaines régions de l’Amérique du Nord et en Russie. Du côté des Européens, c’est sans aucun doute aux missionnaires et aux commerçants portugais que l’on doit d’avoir pour la première fois introduit le thé en Europe sous forme d’échantillons. Les Hollandais ont en revanche la réputation d’avoir importé ce produit à grande échelle au moyen de leur importante flotte commerciale. Cette boisson a donc été très tôt adoptée en Europe. Son prix prohibitif en limita cependant la consommation et elle fut pendant longtemps uniquement accessible aux nobles et aux familles aisées. A la suite du mariage du roi Charles II d’Angleterre et de la princesse portugaise Catherine Henriette de Bragance, le thé devint un produit courant en Grande-Bretagne. Catherine, elle-même grande consommatrice de thé, fit de sorte que le thé soit facilement accessible partout sur son territoire.

 

Importé exclusivement de Chine jusqu’en 1834, le thé demeura longtemps pour le négoce un produit de luxe. Mais après cette date, la Compagnie des Indes Orientales qui était contrôlée exclusivement par la Grande-Bretagne a contribué à la plantation à grande échelle du thé en Inde et à son importation vers l’Angleterre, d’où la baisse progressive du prix du thé et sa popularité partout dans ce pays notamment à partir de 1888. 

 

A partir de l’année 1893, la production de thé a pris un nouvel essor dans les pays du Caucase, sur la ligne de division de l’Europe et de l’Asie. C’est également dans cette région et à cette époque que l’on a commencé à cultiver des théiers et des arbustes de la famille des Théacées. Cette année-là, l’un des habitants et des grands propriétaires de la ville de Lankaran (une petite ville située dans le sud de l’Azerbaïdjan) nommé M. O. Novojilov importa plus de deux mille théiers pour créer plus de six mille hectares de champs de plantation de thé dans le pays. 

 

En ce qui concerne les premières coutumes associées à la consommation du thé en Iran, aucun fait n’est véritablement avéré. On sait que les Iraniens d’avant l’islam avaient pour habitude de boire des boissons variées y compris du vin, interdit avec l’arrivée de l’islam. La seule boisson dont la consommation se généralisa fut le café. On sait aussi, d’après les récits de voyages écrits et rapportés, que les Iraniens ont découvert le thé vers la fin du XVe siècle et aux débuts du XVIe siècle grâce à un commerçant persan, un dénommé Hajj Mohammad Guilâni, qui importa le thé et son rituel de consommation d’un de ses voyages en Europe.

 

 

Une autre tentative d’importation est attribuée en 1882 à Hajj Mohammad Esfahâni qui eut comme ambition de répandre la culture du thé en Iran mais dont le projet n’aboutit guère en raison des conditions politiques et sociales de l’époque. 

 

Depuis les débuts du XXe siècle, la culture du thé s’est partout développée de manière exponentielle. Avant 1900, les Iraniens ne consommaient pas quotidiennement le thé comme cela se fait de nos jours. C’est le café qui faisait d’une certaine manière office de boisson nationale. On la trouvait dans tous les lieux publics, d’où la dénomination ghahveh khâneh (c’est-à-dire « maison de café ») pour désigner ces lieux de détente et de discussion que l’on aurait dû très tôt appeler « maison de thé » eut égard à la très rapide généralisation en Iran de la consommation de thé en lieu et place du café.

 

En 1901, compte tenu de l’intérêt particulier que portait le gouvernement de l’époque à la culture et à la propagation du thé en Iran, on chargea le prince Hajj Mohammad Mirzâ Kâshef-ol-Saltaneh Tchâikar, alors consul général de l’Iran en Inde, de s’initier à cet art et d’importer officiellement l’industrie de la culture et de la production du thé en Iran. Ce dernier, après avoir consacré une année et demie de sa vie à l’apprentissage des techniques de production et de torréfaction du thé, s’engagea à faire profiter (autant que faire se pouvait) l’Iran de son expérience en projetant de créer de vastes plantations de thé sur les terres de son pays natal propices à ce type de culture. Après avoir obtenu l’accord des gouverneurs de l’Inde, il fit importer deux mille arbustes de thé en Iran et, après les nécessaires études de terrain, il choisit la province de Lâhidjân comme lieu pilote. Au bout d’un certain temps, il parvint à créer une plantation de thé aromatique importante de par sa taille et sa récolte dans la région de Tonekâbon. Il ne se contenta évidemment pas de ce fructueux coup d’essai. La culture et la cueillette du thé ne constituèrent que la première étape d’un projet à la suite duquel il engagea également le séchage et la torréfaction du thé sur place.

 

Il reprit ensuite de nouveau la route de l’Inde, de la Chine et du Japon à l’âge de 65 ans et recruta une équipe expérimentée au nom du gouvernement de l’Iran pour qu’elle se rende en Iran pour enseigner le traitement du thé aux Iraniens. Cette tentative échoua malheureusement car Hajj Mohammad Mirzâ Kâshef-ol-Saltaneh Tchâikar décéda suite à un grave accident de la route au départ de son voyage en 1929. On érigea un tombeau en son honneur et d’après son propre testament en haut d’une colline de mille hectares dans le sud-ouest de Lâhidjân, afin que tous se souviennent de ce grand homme grâce à qui le thé tient une place si importante dans l’économie de l’Iran. Après l’installation de la culture du thé à Lâhidjân, d’autres villes du nord du pays ont suivi le mouvement, notamment Langaroud, Siâhkal, Roudsar, Tonekâbon, Râmsar, etc. En 1930, les plantations de thé couvraient déjà une centaine d’hectares. On inaugura le premier jardin de thé à Tonekâbon et en 1951, on recensait 10 281 hectares de plantations de thé en Iran. 

 

Malgré cela, l’Iran d’aujourd’hui ne parvient malheureusement pas à atteindre le rang qu’il souhaite au sein du marché mondial du thé, et ce non seulement à cause des conditions environnementales, mais également du fait de la mauvaise gestion du potentiel existant dans le pays. Ce qui explique la place trop importante occupée en Iran par le thé d’importation, de meilleur marché, plus accessible, et emballé de manière plus attractive. En somme, de quoi faire réfléchir les  responsables du secteur concerné. 

 

Bibliographie : 

- Amid, Hassan, Encyclopédie persane Amid, Téhéran, éd. Amirkabir, 18e édition, 1983. 

- Ardouâbâdi, Roksânâ, Ketâb-e tchây va âdat-e noushidan-e tchây (Le livre du thé et des habitudes de le boire), éd. Bokhârâ, 15e année, 1391, No. 89-90, pp. 609-620. 

- Dukan, P., Article « Thé », Dictionnaire de diététique et de nutrition, éd. Le cherche midi, 1998. 

- Erling, H., The True History of Tea, éd. Thames and Hudson, 2009. 

 - Eskandari, Melina (trad.) ; Fouerz, Arnold, Tchây, Târikhtcheh va shiveh-hâye tolid, masraf va anvâ-e ân (Le thé, son histoire et ses méthodes de production et ses diverses formes), éd. Ghoshnous, 2002.  - Laura, C. M, Tea : The drink that changed the world, 2 ed. Tuttle, 2007. 

- MacFarlane, A., The Empire of Tea, The Overlook Press, 2004.

 

source: http://www.teheran.ir

 

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