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Chiites d’Arabie: les premières tensions sérieuses

les chiites d’arabie saoudite

   L’histoire contemporaine de l’Arabie saoudite ne sera pas pour autant exempte de tensions confessionnelles inter-saoudiennes, que symbolise aujourd’hui encore la grande méfiance entretenue le plus souvent par des sunnites du royaume vis-à-vis de leurs concitoyens chiites. Les premiers heurts apparaîtront d’ailleurs au lendemain de la conquête de l’Est saoudien. En 1915 en effet, une formation du nom de «Ikhwan» (ou Frères), dont la création sera d’ailleurs encouragée par Ibn Saoud, se revendiquera du wahhabisme et, considérant que les chiites étaient des hérétiques, se lancera dans une politique de répression de cette communauté. Cela aura pour conséquence l’exode de quelques milliers de personnes, qui iront se réfugier dans les émirats avoisinants, alors placés sous protectorat britannique.

Il faudra attendre 1929 pour que Ibn Saoud réussisse à défaire les Ikhwan lors de la bataille de Seblah. Si l’allégeance des chiites saoudiens à leur gouvernement ne montrera pas de failles en dépit de la politique de répression des Ikhwan, on ne peut pour autant nier l’apparition, par la suite, de tensions sérieuses entre le pouvoir saoudien et les ressortissants chiites de son territoire.

   Il est à noter que ce sont initialement des contentieux strictement sociaux qui, en se développant, se teinteront d’un aspect confessionnel. Les premiers développements de cette situation découleront des modalités d’exploitation du pétrole saoudien. En mai 1933, le gouvernement saoudien accordera ainsi sa première licence d’exploitation de l’or noir situé à l’Est du pays à une compagnie américaine du nom de Standard Oil of California. Cette opportunité poussera les chiites de la région comme un grand nombre de Saoudiens localisés dans des zones tierces à vouloir tirer profit de cette opportunité d’emploi. Mais les conditions de travail, qui ne seront pas au goût de tous, pousseront les employés saoudiens de la Standard Oil à manifester leur désapprobation. On assistera ainsi à une première grève générale de leur part en 1944. Très vite, ils s’organiseront sous forme de syndicats et réussiront ainsi à former une force de contestation collective efficace, sinon menaçante pour les intérêts du pouvoir saoudien. Le 17 mai 1953, ce sont pas moins de 20 000 employés de la Standard Oil, sunnites comme chiites, qui se lanceront dans une grève générale. Le pouvoir essaiera de ménager ces contestataires en s’engageant à améliorer leurs conditions de travail.

   Mais les promesses ne suffiront pas à calmer les manifestants, qui continueront à se plaindre de leur condition. Une évolution beaucoup plus sérieuse intervint ainsi à partir du mois de mai 1956, quand un grand nombre de mécontents s’en prendra à la base militaire américaine de Dhahran, symbole de la présence américaine régionale et des conditions «d’exploitation» de la population en découlant. Un mois plus tard, intervient la réunion du Qatif, du nom de la ville saoudienne qui verra un grand nombre de ces manifestants, toujours toutes confessions confondues, procéder à la prononciation de discours prônant la nécessité pour les habitants de la région de ne pas se laisser malmener par leurs employeurs 1.

Puis, en septembre 1956, c’est la visite en Arabie saoudite du leader égyptien Gamal Abdel Nasser, icône du panarabisme, qui permet à la ferveur des syndicalistes saoudiens de se manifester à nouveau.

Note:

1. Sur ces points, voir surtout le rapport de l’International Crisis Group, The Shiite Question in Saudi Arabia,

Middle East Report n° 45, septembre 2005, disponible à l’adresse Internet: http://www.crisisgroup.org/home/index.cfm?id=2444&l=2

Source: Barah Mikhail, La question de la Marja’iyya chiite, Paris: IRIS, 2005

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