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Confidences avec et sur l’historien Robert Faurisson (3)

En confidence II

Entretien avec «L’Inconnue» par Robert FAURISSON 28 décembre 2007 (suite)

Faurisson et la littérature française

XXX: Dans la vie, ce sont les professeurs qui s’offrent le privilège de pouvoir jouer tous les rôles. Vous êtes de ces maîtres que recherchent les étudiants. Des personnes qui ont eu l’occasion de vous voir et de vous écouter et non pas seulement de vous lire ont pu distinguer en vous, à côté de l’érudit en certaines matières, un homme de scène, une sorte de virtuose dans ses prestations. Avec vous, on est parfois enclin à en redemander, du cours magistral, qu’on soit ou non d’accord avec vos prises de position! Avez-vous le sentiment de dominer vos auditoires – et probablement aussi vos lecteurs – comme un professeur peut le faire face à ses étudiants?

RF: Si le public me fait face, je peux juger de la portée de mes propos. Si l’auditoire se trouve dans mon dos, – et c’est le cas au prétoire, – j’en suis réduit à des impressions. Dans les deux cas, je pense que j’intéresse ou que j’irrite. Je note que les gardes du palais ou les gendarmes en faction qui me sont à portée de vue semblent s’intéresser à mes arguments, peut-être parce que, tout compte fait, je m’exprime moins en professeur qu’en enquêteur de police technique ou scientifique. Je connais mon affaire. Je vais droit au sujet et je m’exprime en français de France, sans fioritures, sans contorsions de langage, sans jargon, sans chiqué d’aucune sorte. Je recherche l’exactitude, la précision, la limpidité, ce qui ne signifie bien sûr pas que j’y parvienne toujours. Si je sens que je vais être conduit à employer un mot rare ou à user de notions délicates, je prépare le terrain de sorte que, le moment venu, l’auditeur pourra se féliciter d’avoir à peu près tout saisi.

Le comportement soit des juges, soit du représentant (mâle ou femelle) du ministère public, soit de la greffière, soit des jeunes stagiaires, soit, enfin, des avocats me fournit des indications sur la marche à suivre et sur le tempo qu’il me faudra imprimer à la démonstration en cours. La plupart de ces gens de basoche, j’ai l’impression de les percer à jour.

   Je crois savoir lire dans leur pensée, et cela simplement parce que, quand ma prestation les déconcerte, ils ne parviennent pas à cacher leur désarroi. Sur le sujet de fond, ils découvrent leur ignorance et se retrouvent en potaches. Habitués à intimider, ils sentent que la situation leur échappe car il se trouve, en sus, que j’ai la chance de n’être pas timide; j’ai tendance, en pensée, à dépouiller de leurs oripeaux les gens que je vois ainsi déguisés de robes et à me les représenter dans le plus simple appareil. Quant aux avocats des parties civiles, ils souffrent en silence ou à grands cris; c’est selon. Le futur bâtonnier des avocats de Paris, Christian Charrière-Bournazel, en lève les bras au ciel: «Aucune chance, hélas, avec celui-là, qu’il devienne Alzheimer!» ou encore: «Mais c’est incroyable! D’où provient tant d’énergie?» Et d’ajouter: «On est donc encore loin de la solution biologique!» Deux nigauds, l’un journaliste et l’autre professeur de lycée, tous deux antirévisionnistes affichés, viennent de publier un livre où, évoquant l’un de mes plus récents procès, ils écrivent à mon propos: «C’est une bête de prétoire qui entre ce jour-là dans la XVIIe chambre, surchauffée par la canicule» (Michel Prazan, Adrien Minard, Roger Garaudy, Itinéraire d’un négationniste, Calmann-Lévy, 2007, p. 391). Allons donc! Cette force qui m’anime est essentiellement celle que vous donne la défense d’une idée exacte; elle n’est pas d’un forcené mais d’un homme qui, à la différence de ceux qui veulent sa perte, n’a pas besoin de mentir pour défendre sa cause. Soit! Confessons que j’abuse parfois de cette position de force et que j’en profite pour chambrer la corporation mais, n’ayez crainte, quels que soient leurs systèmes respectifs de défense, les révisionnistes, à tout coup, payent la note finale; cette note est écrite d’avance dans la loi Fabius-Gayssot du 13 juillet 1990, une loi d’exception inspirée d’une loi israélienne de juillet 1986 et voulue, à l’époque, par le grand rabbin Sirat, Pierre Vidal-Naquet et Georges Wellers. Il s’agit d’une loi d’épuration de la pensée. Nos accusateurs sont purs et nous sommes impurs, intrinsèquement.

roger garaudy, penseur musulman pacifiste et révisionniste

XXX: En fait vous avez toujours été cruel avec vos victimes, à commencer par Etiemble, à qui vous avez mis le nez dans ses malhonnêtetés ; j’ose dire que vous avez été, par votre mise à nu de la fausse science de vos collègues professeurs de lettres, aussi professionnel qu’Isidore Ducasse, en somme, dans la mesure où il s’est moqué de ceux qui étaient prêts à le porter aux nues, parce qu’ils ont la vue très basse, et prennent facilement les vessies pour des lanternes; il pratiquait, vous l’avez démontré, la sublimation parodique de la fenouillardise, et on peut se demander s’il n’attendait pas votre déchiffrement de sa cuistrerie sarcastique. Mais autant vous aimez Rimbaud, autant Isidore Ducasse et ses adorateurs comme André Breton semblent vous faire plutôt pitié…

 RF: Parmi mes défauts avouables il y a une sévérité excessive ; en font principalement les frais les puissants du jour, les intellectuels qui jargonnent, les moralisateurs de tout poil, les donneurs de leçons, les fanfarons. René Etiemble, que j’ai pas mal étrillé en son temps, avait édifié sur le compte de Rimbaud un monument de sottise universitaire et d’esbroufe (il aurait dû lire Rimbaud avant de le commenter), mais au moins s’exprimait-il en français. André Breton, autre pape en son genre, aurait dû lire Les Chants de Maldoror, par le comte de Lautréamont avant d’y voir un proto-évangile du surréalisme; il s’est fait «gasconner» par ce loustic d’Isidore Ducasse qui, pourtant, avait malicieusement glissé, tout à la fin de sa pochade, un avertissement à l’adresse du lecteur. Au dernier chant, il faisait dire au grotesque «comte de Lautréamont» aux «paupières ployant [sic] sous les résédas de la modestie»: «[Si je meurs,] je veux au moins que le lecteur en deuil puisse se dire : ’Il faut lui rendre justice. Il m’a beaucoup crétinisé’». Et il amorce la toute fin du livre avec une histoire de «queue de poisson», laquelle s’achève sur: «Allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire.» ; ce sont ses derniers mots.

Je n’aime pas trop Rimbaud; je le trouve contraint, terriblement discipliné, mal dans sa peau, encore trop marqué par le thème latin, par les règles de la syntaxe classique; dans sa révolte d’adolescent prolongé, il reste le fils du capitaine Rimbaud et de «la mère Rimbe» «aussi inflexible que 73 administrations à casquettes de plomb»; je salue sa virtuosité d’enfant prodige mais c’est tout. Ducasse ne me fait pas pitié puisqu’il a réussi son coup et berné les gogos. D’André Breton il ne reste à peu près rien; ce qu’on retient encore de lui se réduit à quelques rares poèmes de facture traditionnelle et à un récit d’inspiration autobiographique.

XXX: D’un autre côté je me demande si vous n’êtes pas aussi romantique que votre cher Nerval dans votre passion désespérée et absolue pour une idée unique, qui vous occupe entièrement, une vision, une abstraction, une Dulcinée que vous appelez la Vérité, et pour qui vous avez d’ores et déjà tout sacrifié, comme «le veuf, l’inconsolé».

RF: Nerval est sincère, son cœur est pur, son français est également pur. Nous lui devons ces joyaux que sont les poèmes des Chimères ainsi que les sonnets qu’on a groupés, après sa mort, sous le titre d’Autres Chimères. De tous les poèmes de la langue française, le plus beau me paraît être «Delfica», un sonnet dont je pense avoir déchiffré le sens et dont certains vers, en particulier, sont si prenants: «Reconnais-tu le TEMPLE au péristyle immense, / Et les citrons amers où s’imprimaient tes dents?» ou: «Ils reviendront ces dieux que tu pleures toujours!/ Le temps va ramener l’ordre des anciens jours; / La terre a tressailli d’un souffle prophétique…» ou encore: «Cependant la sibylle au visage latin / Est endormie encor sous l’arc de Constantin: / – Et rien n’a dérangé le sévère portique.» Dans ces confidences masquées, on ne dénote ni jeu ni pose. Nerval, Baudelaire et Rimbaud sont tous trois pathétiques mais, pour moi, le plus sincère et le plus touchant est Nerval. Baudelaire, par la puissance de son art, suscite parfois l’admiration; Rimbaud, lui, est trop souvent hargneux et sarcastique; il jetait sa gourme et il réglait ses comptes. Je tiens Hugo pour le plus grand écrivain français du XIX e siècle. Au XX e siècle, j’ai aimé, en dehors de Céline qui les dépasse tous, Apollinaire, Proust, Fourest, Larbaud et Michaux.

Ma Dulcinée est modeste; elle n’est pas exactement la Vérité, surtout adornée d’une majuscule; elle est la simple exactitude. Si j’étais un écrivain, je choisirais la prose; je serais une sorte d’écrivain public qui recueillerait tous les éléments d’une vie tragique pour en faire un récit dont on pourrait vérifier le moindre détail; j’en bannirais les effets de théâtre, le pathos, l’exagération; Stendhal cherchait, disait-il, à rivaliser avec le Code civil; je n’irais pas aussi loin; je me contenterais de prendre pour modèle le rapport de gendarmerie, tout sec, circonstancié, méticuleux et j’essaierais de lui donner de la tenue.

Sources:

Plumenclume.net 

Theses.enc.sorbonne.fr/document115.html

Fr.wikipedia.org

Mescladis.com

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