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Confidences avec et sur l’historien Robert Faurisson (5)

En confidence IV

Entretien avec « L’Inconnue » par Robert FAURISSON 28 décembre 2007 (suite)

XXX: Et Montaigne et Proust, qui, chacun à leur façon, ont dû vous séduire par leur perspicacité, par l’acuité de leur regard sur la vie intérieure et sur la société?

RF:Je reviens de temps à autre à Montaigne et je continue de lire Proust. Le premier est pour moi une énigme : comment pouvait-il à la fois voir la vie telle qu’elle est et l’aimer quand même ? Car il la voit avec une perspicacité de tous les instants; rien ne lui échappe des horreurs de la création et surtout des hommes; dans ce qu’il appelle ses «farcissures», il décrit «à sauts et à gambades» tout ce que l’humanité a pu inventer de bassesses, d’hypocrisies, de cruautés et, pourtant, il aime ses frères humains et il s’aime lui-même comme il faut, m’a-t-on dit, apprendre à s’aimer. Quand, à Paris, je passe devant sa statue du square Paul-Painlevé, entre le «Musée de Cluny» et la Sorbonne, je m’arrête pour une brève station; j’y relis sa déclaration d’amour pour la ville de Paris. Il aimait cette ville, nous confie-t-il, «jusqu’à ses verrues et à ses taches» (ces derniers mots ne sont pas reproduits sur le socle de la statue). Nous y voilà donc: il faudrait avoir la force d’aimer Paris et la vie jusqu’à leurs verrues et à leurs taches respectives. Il y a là un degré de sagesse auquel je ne suis, pour ma part, jamais parvenu. Cela dit, Montaigne, réputé sceptique, croyait au mythe du bon sauvage; il est vrai que cette admiration du sauvage lui permettait de mettre en accusation, non sans justesse et non sans l’éloquence du cœur, les conquérants de la très chrétienne Espagne. Il me fait ici songer à Tacite vantant d’autant plus les Germains qu’il cherchait par là, selon un procédé rhétorique bien connu, à mieux faire la leçon aux Romains, ses compatriotes.

XXX: Vous aimez rappeler le geste créateur d’Eschyle, qui tenait à réhabiliter, contre son public lui-même, les Perses, nobles et battus à plate couture par les Grecs. Trouvez-vous dans la littérature française des œuvres qui aient donné naissance à des mythes à la hauteur de gestes semblables? (Personnellement, je n’en trouve pas; les Espagnols ont inventé don Juan, les Allemands Faust, les Russes l’Idiot, mais nous, à part Gargantua...).

RF: En 472 avant notre ère, Eschyle, qui a 53 ans, fait jouer Les Perses. Le héros de cette grandiose tragédie est Xerxès, roi de Perse, fils de Darius. Les Grecs ont d’abord vaincu Darius à Marathon, en 490, puis Xerxès à la bataille navale de Salamine, en 480. Eschyle a participé à ces deux batailles qui, pour lui, ont sauvé Athènes de l’occupation des Barbares. Il a nourri tous les préjugés des Grecs sur le compte des Perses.

les perses de persépolis

   Il conservera une bonne part de ces préjugés lorsqu’il écrira sa tragédie mais, décidant de prendre pour héros Xerxès lui-même, il donnera néanmoins à son personnage une stature magnifique. Bien sûr, il nous dira que les dieux ont châtié ce dernier pour sa «démesure» («hybris») mais il le fera avec tant d’humanité et de compassion que, grâce à lui, les cris déchirants du roi vaincu ont traversé les siècles et témoignent encore aujourd’hui de la grandeur et de la misère de l’homme. Nulle haine, nul esprit de vengeance chez l’ancien combattant grec.

On est là dans un tout autre registre que celui de l’Ancien Testament où le dieu des juifs se montre impitoyable non seulement envers les ennemis du peuple élu mais aussi à l’égard des juifs qui, négligeant ses injonctions, n’auraient pas massacré les vaincus jusqu’au dernier: malheur à l’Israélite qui aurait épargné un seul Amalécite; le bon Israélite est celui qui tue le vaincu, le prisonnier, la femme, l’enfant et qui, parfois, se paie en réparations sur les biens de ceux qu’il a écrasés.

   Vous connaissez l’histoire d’Esther et de Mardochée: circonvenant Assuérus, roi de Perse (probablement Xerxès!), ces deux juifs parviennent à obtenir que le roi venge le peuple juif en faisant pendre son fidèle conseiller Haman et ses dix fils et en massacrant plus de 75 000 autres Perses. C’est cette tuerie qui, aujourd’hui encore, se célèbre chaque année à la fête de Pourim. Le saviez-vous, dans leur respect des croyances religieuses juives, les Iraniens, ces descendants des Perses, ont laissé s’édifier chez eux un imposant mausolée dédié à Esther et à Mardochée: situé à Hamadan, au sud-ouest de Téhéran, ce mausolée est l’un des centres de pèlerinage les plus importants du pays aussi bien pour les Iraniens que pour les étrangers.

eschyle

   A propos de la grandeur d’âme d’Eschyle vous me demandez: «Trouvez-vous dans la littérature française des œuvres qui aient donné naissance à des mythes à la hauteur de gestes semblables? (Personnellement, je n’en trouve pas; les Espagnols ont inventé don Juan, les Allemands Faust, les Russes l’Idiot, mais nous, à part Gargantua...)».

Ma réponse est que, dans notre littérature, des personnages tirés de la réalité historique ou créés de toutes pièces ont donné naissance à des mythes français qui sont parfois comparables à ceux que vous citez.

   Je pense à la transfiguration littéraire de personnages tels que le Roland de la chanson de geste, à Jeanne d’Arc (inspirant Villon, Michelet, Péguy, Delteil), au «héros cornélien» (dans Le Cid , Horace , Cinna ou la Clémence d’Auguste ), à Napoléon, mais aussi à des créations de Victor Hugo (Jean Valjean, Cosette, Gavroche dans Les Misérables sans compter, dans La Légende des siècles , toute une galerie de héros français). Peut-être pourrait-on mentionner aussi le Cyrano de Rostand. Et pourquoi pas le Bardamu de Céline, si français par sa gouaille et dont la grandeur de prolétaire tient au refus à la fois d’obéir, de tuer et de se faire tuer?

Sources:

Plumenclume.net 

Theses.enc.sorbonne.fr/document115.html

Fr.wikipedia.org

Mescladis.com

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