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Confidences avec et sur l’historien Robert Faurisson (6)

En confidence V

Entretien avec «L’Inconnue» par Robert FAURISSON 28 décembre 2007 (suite)

XXX: Nous voici revenus au domaine du tragique, de cette beauté-là qui n’est, comme disait Rilke, que «l’annonce du terrible». Œdipe s’est crevé les yeux en constatant que tous ses efforts n’avaient servi qu’à précipiter les crimes qu’il redoutait. Pouvez-vous discerner des effets secondaires qui vous consternent, dans le résultat de votre entreprise prométhéenne?

RF: Mon entreprise n’est pas prométhéenne; je n’ai inventé ni le feu, ni la poudre, ni rien du tout. Je me suis mis à l’école de Jean Norton Cru et, surtout, de Paul Rassinier et j’ai apporté à mes recherches historiques le même soin qu’autrefois, dans mon enfance, à mes exercices scolaires de latin ou de grec. Les jésuites m’avaient appris à porter en tête de mes copies, en toute matière: «Labor improbus omnia vincit».

Un latiniste, attentif ici à l’emplacement de l’adjectif, vous le confirmera, la formule signifie: «Le travail, s’il est sans merci, vient à bout de tout». Certes beaucoup travaillent avec application mais sans doute bien peu vont-ils jusqu’à suivre la recommandation de Boileau: «Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage; / Polissez-le sans cesse et le repolissez.» Il est des activités, en particulier celle du journaliste, où il est impossible de s’infliger une telle discipline.

XXX: Reprenons maintenant le point de vue de vos adversaires, après avoir exploré plusieurs facettes de votre destin. Vous avez en quelque sorte refusé un destin d’historien, comme vous avez refusé toute responsabilité en politique, dans la mesure où vous n’avez pas essayé d’écrire une synthèse sur la Seconde Guerre mondiale. Votre règle de méthode, votre profession de foi dans le détail, même si c’est le détail qui tue, et qui vous tue, est comme un cartésianisme extrémiste, étouffant, une prison mentale. Et vous dites vous-même que c’est peut-être maladif, cette obsession de l’exactitude qui vous a acculé à n’étudier que l’un des aspects monstrueux de l’humanité contemporaine. Le propre du maniaque n’est-il pas d’être inconscient de son travers?

 RF: Je peux donner l’impression d’être un maniaque. A côté d’une vie aux passions et aux activités diverses et normales, j’ai nourri et, parvenu à un âge avancé, je persiste à nourrir deux passions essentielles: l’une pour le révisionnisme littéraire et l’autre pour le révisionnisme historique. Vous me ferez peut-être observer que ces deux passions n’en forment qu’une. En tout état de cause, le terme de «manie» me paraît impropre parce qu’il me semble que ces deux passions ne s’accompagnent pas chez moi d’un trouble de la personnalité. Mais avant d’aller plus loin, permettez-moi de vous expliquer d’abord ce que je crois être le fond de toute l’affaire; vous déciderez ensuite si je suis ou non affligé de maniaquerie.

   J’ignore si je le dois à la religion catholique dans laquelle j’ai été élevé (et que j’ai quittée pour l’athéisme) ou à ma formation classique, ou encore à une éducation spartiate, mais le fait est que, tout au long de ma vie, j’ai entretenu une conscience aiguë de mes propres limites et des limites de chacun. La forfanterie m’agace. Fût-il, en son domaine, ce qu’il est convenu d’appeler un génie, tout homme me paraît être au fond un assez pauvre hère.

J’admire les prouesses sportives, artistiques, scientifiques; elles peuvent m’inspirer un moment d’enthousiasme, mais jamais elles n’effacent pour moi la misère de notre condition humaine, dont, chaque jour, s’offrent tant d’exemples à nos yeux. Mes moments d’ivresse se dissipent presque dans l’heure et j’éprouve de la gêne au spectacle d’une admiration continue surtout s’il s’agit de s’admirer soi-même.

   Je déçois mon entourage quand il s’enquiert de mon avis sur telle ou telle question et que je me vois contraint de répondre: «Je ne sais pas», «Je n’ai pas lu le dossier», «Je n’ai pas étudié la question», «Je ne connais pas ces personnes», «Je ne sais rien de l’affaire dont vous me parlez sinon ce qu’en racontent les journaux et la télévision,…». Encore une fois, mes travaux et mes jours sont à l’opposé de ceux du journaliste. Ouvrant Le Monde, j’y découvre quotidiennement, en page 2, une sorte de prêche, appelé «éditorial». Une voix anonyme, celle de la ligne directrice du journal, y traite souverainement de tout sujet et nous indique, à chaque fois, où sont la voie, la vérité et la vie. C’est du haut d’une chaire et sur un ton de patenôtre qu’on s’adresse ainsi à son lectorat. Au Monde, on tranche à vif de tout sujet, et cela sur un ton de nez fort dévot. On vous y gronde. Parfois l’on s’y montre circonspect et modeste, mais non sans ostentation. Comment des journalistes peuvent-ils se gober à ce point ? Personnellement, je me trouve nul en cent domaines. Vous connaissez le questionnaire où, entre autres questions, on vous demande en quelle sorte d’animal vous vous verriez. Pour ma part, je répondrais: «En une coccinelle». La coccinelle, que je suis donc pour la circonstance, ne s’envole guère d’un jardin, dont elle connaît tous les recoins. En «bête à Bon Dieu», elle exerce aux côtés du jardinier l’activité que la nature lui a prescrite. Mais voici que parfois, dans son jardin, pénètrent des lourdauds, dont pétaradent les machines. Ils plient à leur discipline le vert et le sec, la gent animale et jusqu’aux lois de la nature, à qui ils font la leçon. Ils savent, ils régissent, ils répriment. Ils sont l’ordre et la loi. Que pèse à leurs yeux le jugement d’une coccinelle qui est là et qui les observe?

XXX: Il est impossible de ne pas admirer votre sens de la langue. Quoique vous vous en défendiez, et que nous ne disposions d’aucun poème, roman ou texte de théâtre signé de votre nom, vous êtes un artiste, un créateur d’images linguistiques définitives, ce qui est exceptionnel. Mais j’irai plus loin, je pense que vous avez bâti et mis en scène votre biographie comme un scénario parfait, quelle que soit la fin que le sort vous réserve. Si j’étais votre réalisateur, la dernière image du film serait celle de votre vélo, celui sur lequel vous allez encore, à près de 80 ans, chercher le pain tous les matins, votre vélo vert bouteille retenu, par une chaîne fidèle, au soupirail de votre très modeste cave-caverne, dans une rue proprette, sans un passant, sans un bruit, dans une ville creuse, qui vous épie derrière chacune de ses jalousies. Pressentez-vous autour de vous les fantômes du grand cinéma français de jadis?

 RF: Vous l’avez bien vu, ce coin du «Quartier de France» à Vichy. Simenon avait été intrigué par cet aspect du secteur que j’habite. Il en avait tiré un roman «d’atmosphère»: Maigret à Vichy. Il paraît que, dans sa jeunesse, Fernandel (Fernand Contandin) est venu avec sa famille habiter la modeste villa où je réside depuis 1968. Par la suite, Jean-Pierre Rampal également y est passé. J’habite Vichy depuis un demi-siècle. «La Reine des villes d’eaux», aimable et sans caractère, est largement postiche; on y a imité tous les styles d’habitation ou de construction: basque, flamand, anglais, italien, espagnol, mauresque… Il y fait bon vivre. Ses parcs, ses jardins, son plan d’eau, ses espaces de loisirs et de sports, ses créations universitaires en font, avec ses environs, une ville attrayante bien que surpeuplée de vieux. On y souffre d’avoir accueilli Pétain et Laval de 1940 à 1944. En compensation, on y donne volontiers dans la surenchère résistancialiste; par moments, c’est à se demander si la capitale de l’Etat français n’aurait pas été un haut lieu de la Résistance. Faurisson, hélas, habite Vichy. Il y est d’une remarquable discrétion mais il lui est arrivé de faire jaser sur son compte: par exemple, lorsque, dans un parc proche de sa maison, il s’est fait corriger par trois justiciers qui ont manqué le laisser pour mort. Il ne semble pas avoir compris la leçon. Il s’exhibe à bicyclette par tous les temps. Il fréquente le Sporting où il joue au tennis. Il danse, il rit, il a des amis, il adore les enfants et les enfants, pauvres naïfs, lui rendent ses sourires. A la médiathèque, tenue par une dame juive, on a eu l’heureuse idée de refuser ses ouvrages les plus sulfureux et, à son épouse, gentille et gracieuse personne, on a réussi à faire entendre qu’avec un nom comme le sien mieux valait qu’elle se résigne à quitter telle association locale de chant grégorien ou telle œuvre de charité.

le port de la ville de vichy

   Mon père est français et catholique ; ma mère est écossaise et protestante. Mon père travaille dans la City, Fenchurch Street , à l’agence de la Compagnie des Messageries maritimes. Je suis confié à mes grands-parents paternels et à mes tantes, qui habitent Saint-Mandé, près de Paris. Mes parents ne se marieront qu’à la naissance de mon frère Philippe, en 1931, à Tamatave (Madagascar). Je prendrai alors le nom de Faurisson et la famille finira, en 1940, par compter sept enfants, dont je serai l’aîné.

XXX: Vous voici donc en train de rédiger votre «rapport de gendarmerie » et, ce faisant, vous savez fort bien créer l’attente de quelque forte ponctuation fournie par des événements imprévus…

  Je rejoins mes parents à Saïgon vers 1934. L’année suivante, j’entre dans une école anglaise, de rêve, à Singapour et, l’année d’après, dans une école américaine, crasseuse, à Kobé (Japon). En 1936, retour vers la France. Quatre semaines sur le bel et blanc Aramis. Les escales ont pour noms Shanghaï, Hong Kong, Saïgon, Singapour, Colombo, Djibouti, Port-Saïd, avec arrivée à Marseille. Filles et garçons de la famille ne fréquenteront que des écoles catholiques. Mon grand-père paternel avait dirigé, à Paris, la bibliothèque du cercle des étudiants catholiques de la rue du Luxembourg (aujourd’hui, rue Guynemer) et il avait été fonctionnaire aux Halles de Paris. En 1936, je suis à Chatou (Ecole Notre-Dame). Dans les années suivantes, je serai à Dunkerque (Ecole des Dunes) et à Paris (Ecole de la rue Cassette), en 1939-1940 à Angoulême (Collège Saint-Paul), de 1940 à 1943 à Marseille (Ecole [jésuite] de Provence) et, de nouveau, à Paris, cette fois au Collège Stanislas. Après le baccalauréat (1946), hypocagne et cagne au Lycée Henri IV et, enfin, études de lettres à la Sorbonne.

robert faurisson

Retour en arrière: le 8 mai 1945 la guerre a pris fin sur le continent européen. J’ai seize ans. J’avais intensément vécu les péripéties du conflit. Pour ce que j’en voyais, le comportement du soldat allemand était impeccable et les bombardements des Anglo-américains, meurtriers. Il n’empêche: abreuvé aux sources de Radio-Londres, que j’écoutais religieusement avec mon père, je haïssais l’Allemand et j’appelais de mes vœux plus de bombardements encore sur mon propre pays et sur l’Allemagne. Peu après le 22 juin 1942, au collège des jésuites de Marseille, à l’âge de treize ans, j’avais un jour gravé au couteau sur mon pupitre d’écolier: «Mort à Laval» (je ne me le pardonne pas). Sur le lieu de mes vacances, en Charente limousine, dans le village de La Péruse, je ne voyais encore aucun maquisard mais je me représentais les Résistants, communistes ou non, comme d’ardents patriotes.

manuscrit du chant des partisans par maurice druon et joseph kessel (1943)

Sources:

Plumenclume.net 

Theses.enc.sorbonne.fr/document115.html

Fr.wikipedia.org

Mescladis.com

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