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  • 11/7/2010
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La France et les FRAC  (1)

   Article de Jean-Pierre Brigaudiot publié dans la Revue de Téhéran en mai 2010.

   La France est administrativement découpée en 26 régions (dont celles situées hors métropole) qui comportent habituellement plusieurs départements, ceux-ci étant au nombre d’une centaine.

Un FRAC est implanté dans chaque région métropolitaine; c’est un organisme doté d’une administration et d’un lieu d’exposition dont la mission est de faire connaître au public local mais également aux autres, certains aspects choisis de la création artistique contemporaine.
bâtiment du frac des pays de la loire, carquefou

   Avant la création des FRAC, la France provinciale était bien loin de l’art contemporain, celui-ci siégeait comme naturellement à Paris. C’est dans le cadre de la régionalisation, une ambitieuse réforme structurelle et administrative qui d’ailleurs n’en finit pas d’advenir, que le ministre de la culture, Jack Lang, a initié la mise en place des FRAC dont le projet préexistait à son premier mandat. L’ambition était de rendre l’art contemporain familier aux Français de la France profonde, de leur en permettre la fréquentation et par là même d’en acquérir une certaine connaissance.

   Il est indéniable qu’avant les années quatre vingt, même les grandes villes françaises vivaient tranquillement leur vie dans une certaine ignorance de cet art dit contemporain et certainement en son absence. Ceux des habitants de cette France lointaine de la capitale qui en éprouvaient le besoin devaient se rendre à Paris pour rencontrer l’art contemporain ou quelques musées, comme le Musée d’art moderne de la ville de Paris, certains salons artistiques, biennales et des galeries d’art dites d’avant-garde exposaient celui-ci ou du moins certains de ses aspects.

Les Maisons de la Culture accueillaient alors un peu tout à la fois: expositions, théâtre, cinéma expérimental, poésie et musique. Au début de ces années quatre vingt, l’art dit contemporain était encore plus ou moins underground et son public se résumait à bien peu; cet art était stimulé en même temps que défini comme tel par de rares revues à peine sorties du noir et blanc et souvent encore sous le charme de l’art américain de la décennie précédente.

   Mais indéniablement régnait une agitation croissante dans les provinces où de plus en plus d’artistes imaginaient pouvoir faire une carrière autre que locale. Ainsi en était il, par exemple, à Nice où dès la fin des années soixante, c’est-à-dire après Mai 68, existait une dite Ecole de Nice (en fait des activités artistiques hétérogènes) par laquelle advenaient des événements dépassant le cadre de la Côte d’azur, en relation par exemple avec l’Italie et le très international groupe Fluxus. Quelques artistes notoires contribuaient ou avaient contribué à cette effervescence, comme Yves Klein, Arman, César, Georges Brecht et Ben. Cependant ces activités restaient très saisonnières et limitées essentiellement à l’été, lorsque le monde de l’art parisien (galeristes, collectionneurs et critiques d’art) venait en vacances dans le midi. Ailleurs, les villes de province bénéficiaient le plus souvent des seules activités artistiques institutionnelles moins que contemporaines menées par leur somnolent et silencieux musée des beaux arts ; cependant il y avait, comme à Strasbourg, Bordeaux ou Nice, quelques courageuses et éphémères galeries presque toujours en difficulté économique faute de vendre aisément ce qu’elles exposaient de l’art contemporain.

jack lang

   C’est peu après l’élection de François Mitterrand à la présidence de la république, que Jack Lang mit en place les FRAC, entre 1981 et 1983. Ce fut une innovation et une aventure qui se joua entre des partenaires locaux et nationaux, principalement l’état et la région, c’est-à-dire le ministère de la culture et le conseil régional.

 Les DRAC (direction régionale des affaires culturelles), comme les rectorats des académies (Education nationale) étaient également partenaires des FRAC et contribuaient à leurs budgets.

   Plus tard se manifesteront d’autres partenaires en même temps que mécènes, mais en France, le mécénat de l’art contemporain aura bien du mal à prendre corps car cet art jouit en général de peu d’estime et sa visibilité trop modeste n’attire pas le mécénat comme ce peut être le cas pour des manifestations sportives très relayées par les chaines de télévision et la presse papier. Par ailleurs les entreprises n’ont guère cet intérêt pour l’art qui peut exister dans des pays voisins comme l’Italie ou l’Allemagne.

(FRAC= fonds régional d’art contemporain)

Source: Teheran.ir

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