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  • 26/9/2010
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«Psyops» et analyse des médias: du prêtre au clerc, puis du clerc aux médias

   Il s’agit d’un texte d’analyse du sociologue français Alain Soral daté du 21 septembre 2010. Tebyan ne cautionne pas l’auteur, ni le contenu de l’article et ne vise en le publiant, qu’à donner des éléments de réflexion à ses lecteurs.

Par A.Soral, le 21 septembre 2010

La “Raison”, nécessaire au processus révolutionnaire, a été d’abord la victoire des clercs (moralistes, hommes de lettres, intellectuels, artistes…) sur les prêtres; soit la victoire de “l’idéologie des Lumières”, pilier de la démocratie, sur la révélation chrétienne, fondement de l’Ancien régime.

   Une prise du pouvoir qui, bien avant la séduction du peuple finalement peu impliqué, se fit, comme nous le décrit Georges Sorel dans Les Illusions du Progrès, par la séduction de l’aristocratie de salon. Le jeu de la rhétorique humaniste, recourant au logos grec, étant bien plus attrayant, divertissant, pour l’homme d’esprit oisif qu’était devenu l’aristocrate, que l’obscure scolastique; et ce malgré la tentative de modernisation aristotélicienne opérée par saint Thomas d’Aquin.

thomas d’aquin et averroës

   Une séduction qui n’aurait pas été possible sans le lent déclin de la noblesse d’épée au profit de la noblesse de robe (dont le facteur déclenchant et irréversible fut l’Edit de la Paulette, soit la vénalité des charges) et, comme l’avait parfaitement identifié Léon Bloy, sans la destruction concomitante du catholicisme du Moyen-âge, au profit d’un catholicisme des “droits de l’homme” creusant peu à peu son tombeau et celui du monde ancien.

l’analyse de la révolution française par e.burke

   Mais une fois l’Ancien régime, sa noblesse terrienne et ses prêtres tombés, le pouvoir de l’argent (commerce, industrie, puis banque) qui se cachait derrière la Révolution, devra mettre à son tour ses nouveaux “prêtres de l’égalitarisme démocratique” au pas; les ramener à la raison de l’inégalité.

   Un travail de rééducation, de sujétions et de soumission, opéré depuis deux siècles, qui a réduit peu à peu le clerc de critique et combattant de l’égalité des débuts (Robespierre, Saint-Just) à agent de propagande de la domination occulte des réseaux antidémocratiques (Jean-François Revel, Bernard-Henri Lévy) qu’ils soient ceux du communautarisme ou du Marché.

Et c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’émergence de ce qu’on appellera, après la Première guerre mondiale: “la propagande”.

Joseph Goebbels (1897-1945) imitateur de Willy Münzenberg et Edouard Berneys

   “Plus c’est gros plus ça marche”, cette célèbre citation faussement attribuée à Joseph Goebbels par la propagande de masse occidentale – sans doute pour nous faire croire que tout le mal moderne provient du nazisme – est en réalité d’Edouard Berneys.

   Edouard Berneys qui, avec Willy Münzenberg, est le co-inventeur de ce système de domination des masses par la manipulation médiatique appelé justement “propagande”. Une “industrie du consentement” mise au service du capitalisme américain pour l’un, de l’Internationale communiste pour l’autre dès les années 20, et dont Joseph Goebbels ne sera que l’imitateur dans les années 30.

   Une manipulation méthodique de l’opinion publique, via les médias de masse, dont nos intellectuels français ne prendront pleinement conscience que dans les années 60. Date à laquelle les derniers journaux indépendants et de qualité – comme Le Monde période Beuve-Méry – achèveront d’être liquidés et remplacés chez nous par la presse de divertissement : principalement presse pour jeunes et presse féminine.

le manuel de propagande d’edward berneys

   Mais revenons à nos manipulateurs de masse…

Willy Munzenberg (1889-1940) ou de l’importance du réseau médiatique

   Militant communiste allemand arrivé à Zurich en 1910 à l’âge de 21 ans, Willy Münzenberg, Juif ashkénaze extrêmement doué pour l’agitation et l’organisation, est le premier à avoir créé un véritable réseau médiatique afin de former l’opinion.

   Très impliqué dès le début dans le projet de révolution bolchévique (c’est lui qui accompagnera le camarade Lénine, futur maître de l’URSS, de la gare centrale de Zurich à la gare de Finlande à Saint-Petersbourg dans un train plombé avec l’aide des autorités impériales allemandes), il développera ensuite une intense activité politique en Allemagne. Elu député communiste au Reichstag, il fera aussi fortune en édifiant un vaste empire médiatique, appelé Trust Münzenberg, constitué de deux quotidiens de masse, du plus grand hebdomadaire illustré ouvrier : l’Arbeiterillustriete Zeitung, sans compter des intérêts touchant à l’image et au cinéma dans le monde entier. Des moyens considérables, tout entiers mis au service de “l’Internationale communiste”, qu’il complétera par un vaste réseau de faiseurs d’opinion: intellectuels, personnalités littéraires, vedettes et experts en tous genre contrôlés habilement par l’argent et les honneurs.

Grand façonneur de l’opinion de gauche mondiale de l’entre-deux guerres, son plus beau coup est sans doute d’être parvenu à cacher, par de subtils montages et autres manipulations, le rôle joué notamment par l’Amérique capitaliste dans l’édification du premier Etat communiste.

   Une URSS avec laquelle il prendra finalement ses distances, comme beaucoup de Juifs internationalistes (plus internationalistes que communistes en fait !) au moment des procès de Moscou orchestrés par Staline pour purger, entre autres, à partir de 1936, les Juifs omniprésents dans l’appareil d’Etat soviétique.

   Parvenant néanmoins à maintenir son Empire au milieu des tempêtes politiques et à fuir l’Allemagne lors de la prise du pouvoir d’Hitler, il continuera son intense activité depuis la France, notamment par la publication du Livre brun sur les méfaits du nazisme, largement diffusé à l’Ouest. Inlassable combattant “antifasciste” (terme qui depuis 1936 désigne donc aussi les staliniens, soit l’URSS), on le retrouvera finalement pendu à un arbre le 22 octobre 1940 à Saint-Marcellin dans l’Isère. La raison exacte de son décès : suicide ou assassinat, par la Gestapo ou le Guépéou, restant encore aujourd’hui un mystère…

Edouard Berneys (1891-1995) ou de l’importance des campagnes médiatiques

Complémentaire de la stratégie du réseau (médias + agents de propagande), celle d’Edouard Berneys, autre aventurier cosmopolite, mais opérant lui pour l’Amérique capitaliste, insiste sur le rôle tout aussi déterminant des “campagnes médiatiques”.

   Né à Vienne (Autriche) en 1891, neveu de Freud et Juif ashkénaze lui aussi, Edward Berneys, émigre aux Etats-Unis en 1892 où son père le pousse d’abord à lui succéder en tant que marchand de grains! Devenu l’auteur célèbre, en 1928, de l’ouvrage Propaganda où il définit cyniquement la démocratie comme “la manipulation des masses par la propagande, organe exécutif du gouvernement invisible; soit ce processus de modelage des opinions pour les intérêts d’une certaine élite”, il est considéré comme le père de la propagande politique institutionnelle, appelée par ses soins et par euphémisme: “relations publiques”. Vulgarisateur de l’œuvre de Sigmund Freud aux USA (donc responsable aussi des insupportables pochades psychologico-narcissiques d’un Woody Allen), ce fervent adepte de “la psychologie de l’inconscient” peut revendiquer, entre autres méfaits d’armes : la campagne de manipulation dite “Commission Creel” qui, en 1917, poussa le peuple américain dans la Première guerre mondiale, et celle qui, manipulant l’imbécillité féministe, soumettra, sous le nom de “torches de la liberté”, les femmes américaines au marché de la cigarette et au cancer du fumeur!

Ajoutons enfin que, contrairement aux deux autres, Münzenberg et Goebbels, ce grand démocrate mourra dans son lit en 1995 sans avoir jamais être inquiété, à près de 100 ans dans le Massachusetts.

Les clercs d’aujourd’hui tous au service de l’Occident marchand

   Le parcours de ces deux maîtres es-manipulation et inspirateurs de Joseph Goebbels brièvement retracé, il est important de remarquer qu’après la disgrâce de Léon Trotsky, les propagandistes cosmopolites, précédemment répartis dans les deux camps: internationaliste communiste et capitaliste américain, fusionneront sous la bannière “antifasciste”, associant désormais, dans un même mal totalitaire, nazisme et communisme.

la loi des clercs

   Un ralliement général au mondialisme marchand, commencé dans les deux camps antitraditionnels: libéralisme et communisme, opéré pour les derniers à la faveur des événements de 68 sous l’appellation “néo-conservatrice” aux Etats Unis et en France “libéral-libertaire”.

   Un vaste réseau réunifié de professionnels de la propagande et de la manipulation de masse, désormais intégralement au service du camp libéral atlantisto-sioniste, incarné chez nous par les Cohn-Bendit, Glucksmann, BHL, Kouchner, Adler, Attali et autres Alain Minc…

le moraliste lévy donne un discours dans une université sioniste
Source: Egalite & Réconciliation
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