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L’histoire de la transmission des légendes chez le peuple iranien (1)

fresques du deuil de siavosh dans une grotte

   L’Iran a connu de nombreux événements remarquables pendant sa très longue histoire et les populations et civilisations qui se sont succédées ont contribué à bâtir et enrichir un matériau légendaire qui a représenté une source fabuleuse pour les conteurs, poètes et écrivains.

Les légendes relatives aux rois et héros d’Iran dans l’antiquité sont à origine d’une véritable mythologie dans laquelle les conteurs ont puisé à toutes les époques. Ils l’ont entretenue en la préservant ou la modifiant suivant le contexte dans lequel ils se produisaient.

   L’origine précise des Iraniens est encore incertaine, même si l’on sait qu’ils viennent du peuple indo-aryen (indo-iranien) qui, parti du nord-ouest de l’Inde, est venu coloniser les régions de l’actuel plateau d’Iran.

Le peuple indo-iranien et le peuple indo-européen, qui étaient tous les deux de souche aryenne, se sont séparés il y a plus de 3000 ans.

   Le peuple iranien s’est ensuite séparé du peuple indien après avoir longtemps vécu en Asie centrale. De ce fait, Indiens et Iraniens partagent un patrimoine culturel ancestral commun qui s’est divisé au fils des âges en deux cultures distinctes. Les Indiens traversèrent le Gange et s’installèrent en Inde.

Les Iraniens, depuis 1300 ans avant Jésus-Christ, ont quitté leur foyer primitif dit «Aryãnã Vaejah [1]» (le domaine des Aryens), et en passant par le Marv [2], Balkh [3], Hérat et Kaboul, se sont installés vers le sud du Khorãssãn et de Rey [4].

   Quand le peuple aryen arriva sur le plateau d’Iran, il lutta successivement contre les premiers occupants du plateau d’Iran et contre les autres tribus qui venaient conquérir les différentes parties de ce même plateau.

En entrant en Iran, ce peuple, comme d’autres avant lui, a amené avec lui les histoires, les contes et les légendes mythologiques et religieuses de ses ancêtres qui vivaient avec les Aryens de l’Inde. Il possédait également un livre saint (l’Avestã) [5] dans lequel on trouve des similarités formelles avec les textes religieux des anciens cultes de l’Inde. Il en est de même pour leurs légendes, ainsi que dans les langues indiennes et iraniennes elles-mêmes.

   Au fur et à mesure des évolutions de la religion, les histoires et les légendes religieuses ont été compilées et complétées d’interprétations différentes et sont entrées dans la composition du livre saint. Certains religieux et partisans de l’ancien culte essayaient, malgré ces évolutions, de maintenir celui-ci vivant dans l’imagination de leurs fidèles, en racontant des histoires sur la vie de leurs héros religieux. Pour retrouver la splendeur passée de ces héros, ils y ajoutaient la grandeur, la dignité et autres valeurs morales. Ils ont contribué de cette manière à la conservation de ces histoires jusqu’à l’arrivée de l’Islam qui a marqué un tournant décisif dans la transmission des légendes et des histoires en Iran.

   L’une des légendes les plus réputées de cette époque de l’antiquité est celle de la mort du héros Siãvosh, qui faisait l’objet de chansons et de pièces musicales interprétées lors de cérémonies portant le nom de Qavvãli [6]. La signification de ce mot a trait à la musicalité ou au chant car, à cette époque, le récit de contes (vãqe’e-khãni), se faisait à l’aide d’un instrument de musique tel que la harpe ou le luth. Des fresques du IIIe siècle av. J.-C. découvertes dans une grotte près de la ville de Sordi à 70 km de Samarkand par l’historien Alexander Mongait [7], montrent l’importance de ce héros légendaire dans la culture ancestrale iranienne.

   On y voit la représentation de cérémonies funèbres dont la célébration, remontant à plus de trois siècles av. J.-C., était largement répandue à travers le pays.

De nombreux chants ont été composés sur ce thème et des acteurs incarnaient à cette occasion le héros Siãvosh. L’arrivée de l’Islam, opposé à l’utilisation de la musique et du chant, a modifié le mode de ce récit qui s’est axé sur l’oralité et le rôle du conteur. [8]

Notes:

[1] Territoire d’origine des Aryens situé dans les actuels Ouzbékistan et Turkménistan méridionaux.

[2] Ville située au nord est de l’Iran dans l’actuel Turkménistan.

[3] Autrefois Bactres, capitale de la Bactriane historique, ville d’Afghanistan située dans la province de Balkh.

[4] Ville antique au sud de Téhéran.

[5] Ensemble des textes sacrés de la religion zoroastrienne. Du texte initial qui comptait 21 livres ou gâthâ, des hymnes étant à la fois des traités et des poèmes, seul le quart a été transmis jusqu’à nous: les autres livres ont disparu ou ont été détruits à l’époque des conquêtes d’Alexandre lors de l’incendie de la bibliothèque de Persépolis et lors des invasions arabo-musulmanes au VIIe siècle. Les parties les plus anciennes, celles des gâthâ, sûrement composées à une époque pré-Achéménide, donc avant le VIe siècle av. J.-C, ont été écrites dans la langue «gâthique», aussi archaïque que le sanskrit védique.

[6] Qavvâli est dérivé de qowl dont l’une des significations est «chant» et «mélodie». De ce fait, qavvãl est utilisé comme équivalent de chanteur et probablement de jouer d’un instrument de musique. Ces titres ont souvent pénétré la musique mystique (la musique des soufis). Leur base principale se trouve au Pakistan. Bien que les qavvãl ne soient pas eux-mêmes des soufis, ils préparent une atmosphère spirituelle pour la purification de l’âme des soufis et leur enchantement, leur extase et leur samã’ (dance giratoire mystique), en récitant des chants religieux, mystiques et moraux. Depuis un passé révolu jusqu’à présent, ils ont été des chanteurs et des musiciens professionnels. En d’autres termes, on peut dire qu’avant l’Islam, le qavvãli était une sorte de khonyãgari, c’était une sorte de conte, d’histoire en poème chanté.

[7] Mongait, Alexander, Archeoloy in the U.S.S.R, Moscou, éd. Foreign Languages Publishing House, 1959.

[8] Beizã’i, Bahrãm, Namãyesh dar Iran [Spectacle en Iran], Téhéran, éd. Kãviãn, 1956, P. 65.

Source: Teheran.ir

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