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L’histoire de la transmission des légendes chez le peuple iranien (2)

illustration d’un manuscrit des mille et une nuits, sani’-ol-molk, 1852-1859, palais du golestan

   Les légendes se sont formées autour des rois et des héros qui ont marqué l’histoire de l’Iran dans l’Antiquité. Les premiers souverains en ont été les Mèdes, suivis des dynasties perses et parthes (env. 250 av. J.-C. - 224 ap. J.-C.) dont les premières étaient en lien étroit avec la culture grecque. Ce lien a perdu de son importance avec l’arrivée de la dynastie sassanide (224-642).

Mais le changement historique le plus influent sur la culture iranienne a été l’invasion de l’Iran par les Arabes et la diffusion de la religion musulmane dans ce pays.

   Les origines des fondements légendaires et historiques de la tradition du conte en Iran remontent aux premières dynasties de l’antiquité. La période des grandes batailles menées par les Arsacides (ou empire Parthe) a vu l’apparition des grands récits et légendes nationales et d’une catégorie de conteurs-ménestrels appelés gosãn.

   La montée d’un certain nationalisme, dû à la prise du pouvoir par la dynastie sassanide, a ensuite créé un contexte favorable à la diffusion des récits. [1]

Les récits des gosãn sont progressivement devenus aussi populaires auprès du peuple que les récits religieux et les conteurs ont acquis une place de choix, tant parmi la population que près des rois.

   Leur influence se serait même étendue jusqu’en Europe où la célèbre légende de Tristan et Yseult aurait été composée à partir de l’histoire iranienne de Veis va Rãmin [Veis et Rãmin] [2], ainsi que dans la culture arménienne, où le nom des conteurs (gosãn) a été formé à partir du nom parthe même si leur pratique était cependant plus large que celle des gosãn parthes puisqu’elle incluait le récit d’élégies, de panégyriques. [3]

Les poètes, conteurs et musiciens ont largement contribué à la diffusion de la culture iranienne dans des pays tels que l’Arménie, l’Inde ou l’Arabie Saoudite jusqu’au moment des conquêtes islamiques dans ces pays.

   C’est ainsi que des modes musicaux ont pu se répandre d’une ville à une autre, puis de l’Iran à d’autres pays, par sauts successifs. De même, les légendes telles que celle de Rostam et Esfandiãr ont été répétées par des voyageurs qui, les trouvant à leur goût, les ont fait découvrir une fois revenus dans leur pays. La diffusion pouvait s’effectuer à partir de pays voisins de l’Iran comme la Mésopotamie, comme le montre l’exemple de Nasr Ibn Al-Hãret qui y avait été instruit de ces contes, en persan et en langue pahlavi par des non arabes. L’arrivée de l’Islam a mis un frein à cette diffusion d’histoires qui contenaient l’évocation de traditions et de pratiques susceptibles de rivaliser avec les nouvelles croyances en vigueur, tel Nasr Ibn Al-Hãret qui n’hésitait pas à contrarier ouvertement le Prophète Mohammad. [4]

 Notes:

[1] Safã, Dabi-Allãh, Hemãse sarã’i dar Irãn [L’épopée en Iran], Téhéran, éd. Amir Kabir, 1945, P. 25.

[2] Gorgãni, Fakhr Al-Din, Veis va Rãmin [Veis et Rãmin], Ed. Mojtabâ Minovi, Téhéran, éd. Beruxim, 1959.

[3] Boyce, Mary, «The Parthian gosãn and the Iranian ministrel tradition», in Journal of the Royal Asiatic Society, 1957, PP. 25.

[4] «Nasr Ibn Al-Hãret était allé dans la ville de Héré [à six kilomètres au sud de la ville actuelle de Koufa] et avait appris les histoires des rois de Perse et celle de Rostam et Esfandiãr. Chaque fois que le Prophète réunissait les gens, il leur parlait de Dieu et leur demandait de se garder de la colère de Dieu et de ce qui était arrivé au peuple du passé. Une fois le Prophète parti, Nasr prenait sa place et disait: “Ma parole est meilleure, approchez pour que je vous raconte une histoire meilleure que la sienne”, puis il leur parlait des rois de la Perse, de Rostam et Esfandiãr. Ensuite, il leur demandait: “En quoi la parole de Mohammad est meilleure que la mienne?”… Il y trouva la meilleure audience jusqu’au jour où le Prophète lui ordonna de cesser ses narrations pour ne pas trop enflammer l’imagination de ses auditeurs afin que leur esprit soit libre pour les vérités des préceptes islamiques.» Voir: Abd Al-Malik Ebn Hesham, La vie du Prophète Mohamad, Paris, éd. le Grand livre du mois, 2004, P. 300.

Source: Teheran.ir

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