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Evolution des maisons de café depuis le XVIe siècle (3)

la rue de naser-khosrow

   Les maisons de café étaient parfois appropriées par une corporation précise. A l’époque qãjãre, quand Téhéran n’était pas aussi grand qu’aujourd’hui, il existait une cinquantaine [1] de cafés. Il y avait un grand café dans la rue de Tcherãq-barq, le célèbre café de Hãjj ’Ali Aghã qui était un endroit de rassemblement pour les artisans menuisiers. Les architectes, maçons et les ouvriers se rassemblaient au café de Qanbar au bout de la rue de Nãser-Khosrow près de Sabze-meidãn. Les autres corporations comme celles des boulangers, bouchers, maroquiniers… avaient chacune un ou plusieurs cafés habituels pour se réunir. De même, les habitants de Téhéran qui venaient d’autres villes se rassemblaient dans un même café. Par exemple, les gens qui venaient d’Arãk se retrouvaient au café Panje bãshi dans la rue de Nãser-Khosrow près de Shamsol’emãreh et chaque nouvel arrivant qui venait à Téhéran pouvait retrouver ses amis dans ce café et éventuellement apporter un message ou quelque chose pour quelqu’un de sa ville.

La mixité sociale dans le café a toujours beaucoup influencé les conteurs. Ce furent la diversité et la présence continue de spectateurs qui les amenèrent à se sédentariser. Elles leur ouvraient de nouvelles voies et leur offraient de nouvelles possibilités pour mettre au point et arranger leurs histoires, afin que celles-ci soient aussi jugées par le peuple.

   A l’époque safavide, le café était perçu également comme le lieu de rencontre de tous les talents et de tous les arts. Les poètes, les chanteurs, les conteurs, les peintres et tous les autres artistes venaient y démontrer leurs talents: "La maison de café à l’époque safavide était le repaire des hommes de lettres, des savants, des philosophes, des poètes et des musiciens. […] Shãh ’Abbãs y allait de temps en temps." [2]

Les poètes s’y réunissaient pour lire leurs poèmes, écouter ceux des autres et y proférer leurs critiques. Ils s’y enrichissaient à la source des conteurs, ce qui créait entre eux des liens durables. La plupart des naqqãl composaient de la poésie et les poètes trouvaient de nouvelles formes artistiques grâce aux paroles des conteurs et aux différentes sciences.

    Parmi les artistes qui fréquentaient les cafés, il y avait parfois des peintres qui se mettaient dans un coin de la salle et dessinaient, tout en écoutant le conteur. Plus tard, les toiles étaient exposées dans les cafés mais aussi dans les lieux ayant une activité en lien avec la scène représentée, où elles étaient parfois vendues.

L’influence réciproque entre les différents artistes a été particulièrement sensible dans le domaine de la peinture et du théâtre. Elle a engendré une nouvelle méthode de peinture possédant de nombreuses valeurs artistiques caractéristiques.

   Ce nouveau style de peinture inspiré par les contes a été nommé naqqãshi qahveh-khãneh’i (peinture des maisons de café) car c’est dans ce cadre qu’elle a trouvé son origine et son emplacement privilégié. La peinture des maisons de café désigne une forme artistique simple et populaire de peinture à l’huile évoquant généralement des sujets religieux, des scènes héroïques et quelque fois des festivités, pour retranscrire de façon imagée les scènes décrites par les conteurs. Les éléments narratifs tels que l’importance des personnages et la chronologie des évènements étaient condensés en une seule toile par l’emploi des techniques figuratives destinées à traduire les aspects essentiels des histoires.

Notes:

[1] Noms de quelques cafés traditionnels à l’époque qãjãre à Téhéran: Café de ’Abbãs Morqi au Bazar de Morqi-hã, Café de ’Ali Lotfa’li à Darvãzeh Dulãb, Café de Nãrvan dans la rue de Rey, Café de Habib Emãi’ltashi près de Seid Esmãi’l, Café de Hãjj ’Ali Aghã dans la rue Barq, Café de Shãter ’Ali dans la rue de Ebn-e Sinã, Café de Mashhadi ’Ali dans la rue de Fakhr Abãd, Café de Darvãzeh Now près de la rue Takht-e pol, Café de Seid Esmãi’l au carrefour de Hassan Abãd, Café de Mohamad-Khãn sur la place de Shãpur, Café de Abolhasan à Pãmenãr, Café de Aziz sur la place de Bahãrestãn, Café de ’Ali Ebrãhim au bazar de Saqqã-bãshi dans la rue de ’Einoddoleh, Café de Hosein A’ali Longi dans la rue de Tcherãqbarq, Café de Mashhadi Taqi dans la rue de Bãgh-e pesteh, etc.

[2] Nasrãbãdi, Mahmad Tãher Mirzã, Tadhkir-e Nasrãbãdi [Histoire de Nasrãbãdi], Ed. V. Dastgerdi, Téhéran, éd. Foruqi, 1939 (réimp., 1973), P. 43.

Source: Teheran.ir

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