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L’artiste-artisan

iwan de la mosquée du vendredi

   Dans l’Iran traditionnel, il n’existe pas de différence entre l’artiste et l’artisan, ni de distinction entre les beaux arts et les arts mineurs, même si l’architecture ou la calligraphie, notamment, ont une valeur plus éminente que d’autres pratiques.

Les artistes ne cherchent pas à exprimer leur imaginaire subjectif, comme dans l’art européen dès la Renaissance, déterminé par l’individualisme créateur et l’originalité du talent.

   L’esthétisme, l’art pour l’art ou l’utilitarisme sont inexistants dans la pensée musulmane. L’art islamique se définit par la tradition orale, transmise de maître à apprenti, et dont le respect (qui n’exclut pas l’inventivité et le renouvellement) garantit la qualité de l’art et une continuité de la culture. Ce qu’il y a de personnel dans l’art musulman, est un rattachement spirituel et le respect d’une tradition reçue, réinventée et redonnée.

Les restrictions apportées au décor, comme l’absence de figurations sacrées, ne sont pas ressenties comme des limites, mais comme la condition d’un approfondissement des symboles et d’une régénération contemplative de l’esthétique.

   Les uvres ne sont pas forcément anonymes, mais leurs lieux de provenance et leurs dates de fabrication peuvent être imprécis, incertains ou même inconnus. Pour reconnaître des artistes, des poètes ou des scientifiques, on mentionne leur ville d’origine ou parfois le nom de leur mécène: le poète Manuchehri vécut à la cour de Manuchehr, par exemple. Plus profondément, l’humilité de l’artiste reflète sa soumission à Dieu, qui seul est riche de tout. A l’image des artisans du Moyen Age occidental, les artisans traditionnels sont groupés en confréries, les futuwah.

Le métier s’inscrit dans une structure initiatique, qui le rattache à un ensemble de rites symboliques, à un code éthique et à une sagesse à la fois pratique et spirituelle.

   Le respect du maître, la droiture intérieure, la perfection du travail, la solidarité corporative sont quelques-unes des vertus cardinales demandées aux artisans. En Iran, comme en Egypte ou en Inde, les confréries d’artisans vénèrent un maître: Salmãn, un contemporain du Prophète dont l’histoire se fond dans la légende. La tradition dit qu’il est né en Perse. Converti à l’Islam, il devient un proche du Prophète Mohammad. Maître des corporations d’artisans et de certaines sectes spirituelles, il aurait initié les Compagnons du Prophète.

Pour les Iraniens, Salmãn est un symbole de la vocation spirituelle de la Perse dans le monde musulman.

  Seul le XXe s. a vu la naissance d’artistes inspirés par les techniques, les modes de vie et la créativité de l’Occident. L’arrivée du machinisme, du syndicalisme et du tourisme a bouleversé la création artisanale, qui a décliné, disparu ou a été transformée. Aujourd’hui, de nombreux foyers d’artisanat continuent d’exister, mais la plupart ont dû s’adapter au monde industriel, et le tourisme a parfois induit une production de masse, souvent peu soignée et insignifiante.

Source: RINGGENBERG. Patrick, Guide culturel de l’Iran, éd. Rowzaneh, Téhéran, 2005, PP.135-136.

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