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  • 16/8/2011
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Foucault et la Révolution Islamique d’Iran (6)

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   Ce que les Iraniens dévoués, descendus dans les rues, cherchaient par leur soulèvement différait, complètement de ce qu’un certain nombre de chefs religieux ou milieux politiques prétendaient. Pour les participants aux manifestations et aux combats de rue, le gouvernement islamique est "un mouvement qui, d’une part, essaye de donner aux structures traditionnelles de la communauté islamique, un rôle permanent et significatif dans la vie politique", et permet, de l’autre, que le spiritualisme entre dans la vie politique.

Ainsi, la vie politique, non seulement, n’empêche pas, la spiritualité mais aussi l’alimente et la renforce.

    Une telle conception répond, d’ailleurs, à deux principales préoccupations des Iraniens, à savoir la pensée et la politique. Elle permet de résoudre deux sortes de problèmes d’ordre historique et de foi des Iraniens: primo, les instances religieuses traditionnelles de la société, qui, malgré leur présence active, depuis toujours, dans les domaines social et politique, manquaient, toutefois, un statut déterminé, peuvent entrer, désormais, officiellement, dans ces derniers domaines. Elles auront, ainsi, les droits nécessaires et légaux pour s’exprimer et agir. Autrement dit, les instances religieuses entrent, officiellement, dans le domaine de la politique et du pouvoir. Secundo, une solution sera trouvée pour l’un des problèmes, de longue date, des Iraniens chi’ites qui souhaitaient la présence de la spiritualité dans le domaine, non très sain, de la politique. Dans une telle conception, le gouvernement islamique confond la politique et la spiritualité; ce qui donnera l’esprit à la politique et ouvrira une nouvelle perspective pour l’Humanité. Ainsi, l’islam guérira, comme l’estime Foucault, les maux de l’Homme moderne du XXème siècle.

La religion constitue, pour Foucault, le motif, la raison d’être et de survie et le guide de la Révolution islamique d’Iran.

   Le caractère religieux de la révolte iranienne mérite réflexion, selon Foucault, car il a permis aux Iraniens de connaître leur pouvoir de résister devant l’oppression. C’est ce que Foucault appelle la nouveauté de cette révolution: une nouvelle approche permettant aux Iraniens de déterminer leur relation avec le monde extérieur, ce qu’ils ont réalisé, habilement, dans leur mouvement révolutionnaire.

Foucault considère cette réalité comme une "volonté politique" particulière qui l’a, d’ailleurs, influencé et surpris.

    Une telle volonté est nouvelle parce qu’elle essaye de politiser les questions quotidiennes de la société iranienne et les structures indissolubles sociales et religieuses. La dimension surprenante du mouvement révolutionnaire iranien réside, aux yeux de Foucault, « dans le fait que la volonté politique des Iraniens révolutionnaires cherchait à créer une dimension spirituelle dans la politique. » La conception de la "spiritualité politique", le fond d’ailleurs de l’analyse de Michel Foucault sur la Révolution islamique d’Iran constitue la nouveauté de son analyse. On voulait, peut-être, ranger cette analyse parmi les approches culturelles, mais la réalité est que la méthode de Foucault était unique et propre à lui-même. Il a fait appel, dans ses études, à la philosophie politique ainsi qu’à la sociologie politique pour analyser un phénomène. En effet, Foucault a cherché dans la Révolution islamique d’Iran, ce qu’il avait, déjà, découvert dans ses théories et conceptions. Autrement dit, la Révolution islamique d’Iran a concrétisé les conceptions de Michel Foucault.

Source: Revue Le Débat, N:1, été 2004, PP.70-72.

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