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  • 5/3/2012
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Chiites d’Arabie: le Hezbollah saoudien

cheikh saffar

   Le Hezbollah saoudien est le second mouvement chiite saoudien d’importance. Bien que l’on ne puisse déduire de son nom une quelconque affiliation – ou continuité idéologique directe – avec le Hezbollah libanais, il faut noter que l’allégeance de cette formation à une ligne iranienne est beaucoup plus manifeste. Ainsi, le second titre que revendique le Hezbollah saoudien – à savoir les Partisans de la ligne de l’Imam – est une référence directe à l’Ayatollãh Khomeyni, dont le titre et la «fonction» d’Imam restent aujourd’hui encore reconnues par eux. Il en ressort deux caractéristiques fondamentales: d’une part, les partisans du Hezbollah saoudien adhèrent pleinement à la notion de velayat-e-faqih développée par l’Ayatollãh Khomeyni, ce qui les pousse à faire de l’actuel Guide suprême de la Révolution islamique, l’Ayatollãh Ali Khãmenei, leur:arja’ principal; - mais d’autre part, les membres de ce mouvement ne se reconnaissent pas pour autant de continuité ou d’affinité idéologique avec le cheikh Saffar, en dépit de sa pleine influence par les enseignements de Shirazi, lui-même adepte des enseignements de Khomeyni.

Il en ressort une situation d’opposition entre les deux formations. Elle s’explique d’ailleurs principalement par le fait que le Hezbollah saoudien, depuis sa création en 1987, se soit fixé pour ligne fondamentale l’opposition à la famille Saoud, et donc la critique de sa détention du pouvoir saoudien ainsi que de sa prétention à pouvoir superviser, de près comme de loin, les affaires des chiites saoudiens.

   Dans ce contexte, la décision prise par le MCIR, et par le cheikh Saffar, d’adopter un comportement beaucoup plus conciliant vis-à-vis de la famille régnante, a permis aux membres du Hezbollah de revendiquer leur singularité de manière beaucoup plus marquée. Ils revendiquent de surcroît une spécificité de nature beaucoup plus théologique. En effet, alors que le MCIR prône, dans son ensemble, une inclusion réelle mais limitée et soumise à conditions du clergé chiite dans les affaires politiques, le Hezbollah saoudien est quant à lui beaucoup plus favorable à la supervision de l’ensemble des affaires des chiites saoudiens par un seul et même clergé chiite.

Reste que la viabilité du Hezbollah saoudien est aujourd’hui posée. Ce mouvement, qui paraît beaucoup moins populaire et organisé que le MCIR, semble payer de surcroît les limites de sa posture radicale, qui ne lui a en rien permis d’obtenir des avancées ou des concessions concrètes de la part du pouvoir saoudien.

   Les partisans de la ligne de l’Imam ont certes opté, localement, pour des investissements et actions d’ordre social qui puissent combler un vide laissé par l’Etat tout en augmentant la popularité du mouvement. Mais le noyau idéologique de cette formation continue à être fidèle à une même ligne affichant une grande réticence quant à la participation au processus politique national, du fait de l’importance incarnée par la notion de velayat-e-faqih en son sein. C’est du moins la ligne qui continue à être défendue par ses principaux leaders 1, et qui semble pouvoir annoncer à terme une scission interne, due à des considérations pragmatiques, au profit du MCIR. La tentation est effectivement présente chez certains membres du Hezbollah saoudien de se rallier à la formation du cheikh al-Saffar, situation qui, si elle venait à se réaliser, ne contribuerait bien évidemment en rien à confirmer l’impact des partisans de la ligne de l’Imam au milieu d’un environnement dans lequel ils peinent déjà à peser.

Note:

1. A savoir les Cheikhs Hachim al-Hubail et Hassan al-nimr, ainsi que le Sayyed Kamal al-Sada.

Source: Barah Mikhail, La question de la Marja’iyya chiite, Paris: IRIS, 2005

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