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  • 23/10/2012
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Le recrutement

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   Le lendemain, je me suis rendu à l’adresse - au troisième étage d’un bâtiment en ruines. L’aspect de l’endroit n’inspirait pas confiance. Après avoir parcouru un long couloir couvert de linoléum, faiblement éclairé par halogène clignotant, je suis arrivé à l’entrée du bureau en question : une grossière porte en métal avec une pancarte qui indiquait  “United Amalgamated Industries, Inc.”‌ J’ai appris plus tard que cette «société» changeait de nom presque tous les mois, utilisant toujours des noms flous ne laissant pas vraiment deviner la nature des activités de l’entreprise. Je suis rentré sans trop d’espoir. L’intérieur était tout aussi minable. Il y avait quelques longues tables avec des chaises pliantes sur lesquelles une douzaine de personnes tapaient sur de vieux PC. Il n’y avait aucune décoration: pas même un ficus ou des fougères en plastique. Quel taudis! Mais bon, les mendiants ne font pas les difficiles, n’est-ce pas ?

Le manager, un quadra chauve, s’est levé de l’unique bureau individuel de la pièce et est venu vers moi avec un sourire feint.

- “Je suppose que tu dois être Chris. Yvette [mon ex-collègue] m’a dit que tu viendrais.”‌ [Ce ne sont pas nos vrais noms]. “Bienvenue. Laisse-moi te parler un peu de ce que nous faisons.”‌

Pas d’interview, rien. J’ai appris plus tard qu’ils n’engageaient que des gens qui leur avaient été recommandés, et que les gens qui faisaient ces recommandations, comme mon ex-collègue Yvette, étaient entrainés à choisir les candidats selon divers facteurs dont la capacité à se taire, des compétences rédactionnelles de base et une recherche désespérée d’emploi.

Nous nous sommes assis à son bureau et il a commencé à me poser quelques questions à mon sujet et au sujet de mon background, dont mes opinions politiques (qui étaient quasi-inexistantes). Puis, il a commencé à m’expliquer en quoi consisterait le boulot.

- “Ici, nous travaillons à influencer les opinions des gens”‌.

C’est ainsi qu’il décrivit la fonction.  Les clients de la société les payaient pour poster des messages sur internet, sur les tchatrooms, ainsi que sur les forums et les réseaux sociaux comme Facebook et MySpace. Qui étaient ces clients?

- “Oh, toutes sortes de gens,”‌ répondit-il vaguement. “Parfois des compagnies privées, parfois, des partis politiques.”‌

Satisfait que je n’aie pas d’opinions sur la question, il m’a dit que je serais assigné à des commentaires politiques.

- “Les meilleurs candidats pour ce genre de fonctions sont des gens comme toi, sans fortes opinions » dit-il en riant. «Cela peut sembler paradoxal, mais en fait nous avons constaté que c’était ainsi."  

Bon, OK. Bien. Aussi longtemps que cela payait bien, j’étais d’accord de croire tout ce qu’ils voulaient que je croie. Après avoir discuté salaire (qui était bien plus élevé que je ne l’espérais) et de quelques autres détails, il aborda le besoin de confidentialité absolue et  la mise au secret.  

- “Tu ne peux parler à personne de ce que nous faisons ici. Ni à ta femme, ni même à ton chien.”‌ (Je n’avais ni l’un ni l’autre.) “Nous te fournirons une couverture, un faux numéro de téléphone et même un faux site web. Tu diras aux gens que tu es consultant. Puisque tu as un background de support technique, ce sera ta couverture. C’est un problème pour toi ?”‌

Je l’ai assuré qu’il n’y aurait aucun problème.

- “Bien. OK. On peut commencer?”‌

- «Maintenant?" Demandai-je, un peu surpris.

- “Rien de tel que le moment présent!”‌ dit-il en riant de bon cœur.

Le reste de la journée fut consacré à ma formation. Un autre membre de l’équipe, une femme dans la trentaine allait être mon coach et ma formation allait durer deux jours.

- “Tu as l’air d’un gars intelligent, je pense que tu comprendras vite,”‌ dit-elle.

Et de fait, le job était plus facile que je ne me l’étais imaginé. Ma tâche était simple: On m’a collé à quatre sites différents avec l’objectif de m’infiltrer dans certaines discussions et de promouvoir certaines idées. J’ai appris plus tard que certains membres du personnel (comme moi) étaient assignés à des forums internet tandis que d’autres travaillaient sur Facebook ou des tchatrooms. Il semble que chacun de ces trois médias adoptent des stratégies différentes pour arriver à leurs fins.

ExTroll   Avril 2012

Source: lafilleducapitaine.revolublog.com

(A suivre)

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