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Les frontières de l’Iran à l’époque Qãjãr

carte de l’asie en 1892

   A la mort de Nãder Shãh Afshãr, quatre chefs de tribus, qui luttaient âprement pour devenir roi, gouvernèrent chacun pour un temps sur une partie de l’Iran. L’un d’entre eux, Karim Khãn Zand, sortit vainqueur de ces luttes et régna pendant dix-sept ans. Les guerres de pouvoir recommencèrent à sa mort. Finalement, après une vingtaine d’années de troubles, Aghã Mohammad Khãn, de la tribu qãdãre, s’imposa en 1794. La dynastie des Qãjãrs régna en Iran jusqu’en 1925.

La séparation définitive de l’Afghanistan fut la conséquence de la politique coloniale de l’Angleterre au XIXe siècle.

   Quand en 1800, le roi de Kaboul (Zamãn Shãh) attaqua l’Inde, l’Angleterre encouragea le roi d’Iran (Fath-Ali Shãh) à attaquer l’Afghanistan ainsi qu’à destituer Zamãn Shãh; cette guerre ne profita guère à l’Iran. Entre temps Napoléon Bonaparte, qui avait des visées sur l’Inde, tenta d’arriver à un accord avec l’Iran pour pouvoir attaquer l’Inde - colonisée par l’Angleterre - en passant par l’Iran. En vue de contrecarrer les tentatives de Bonaparte, l’Angleterre décida de donner des avantages à l’Iran; ainsi, dans tous les accords que l’Angleterre signa avec l’Iran entre 1800 et 1814, elle reconnut que l’Afghanistan faisait partie de l’Iran. La défaite de Napoléon à Waterloo changea la donne. L’Angleterre, rassurée, décida de changer sa politique et de séparer l’Afghanistan et le Baloutchistãn de l’Iran pour créer une zone de sécurité entre l’Iran et l’Inde, afin que les autres puissances coloniales ne puissent empiéter sur le territoire qu’elle avait conquis. L’Angleterre commença alors à provoquer chez les Afghans et les Baloutches des sentiments hostiles vis-à-vis du gouvernement iranien.

   Les rois qãjãrs tentaient d’imiter le faste de la cour safavide et des dynasties perses de l’Antiquité, mais en réalité, ils n’étaient pas un pouvoir fort et ne régnaient que sur leur capitale (Téhéran), tandis que le reste du pays était aux mains des chefs des différentes tribus qui contrôlaient chacun une région de l’Iran. L’Angleterre souffla le chaud et le froid, encourageant une fois les rois qãjãrs à envahir Hérat quand elle se rendit compte que Hérat était la voie d’accès à l’Inde pour la Russie, et déclarant la guerre à l’Iran en débarquant ses troupes dans les ports et les îles du golfe Persique lors d’une autre tentative iranienne visant à reconquérir Hérat. L’Angleterre manipula les rois qâdjârs et intrigua tant et si bien qu’elle fut désignée comme Etat tiers dans la détermination des frontières définitives et fixes entre l’Afghanistan et l’Iran.

Les frontières actuelles du sud-est de l’Iran furent également fixées par des commissions présidées par l’Angleterre.

-En 1870, une commission présidée par le Général Goldsmith fixa la frontière entre l’Iran et l’Inde, de Gavãter à Kouhak. Le Baloutchistãn fut ainsi séparé en deux régions: celle située à l’ouest de la frontière nouvellement fixée resta dans le territoire iranien, et celle située à l’est de cette frontière fut annexée par l’Angleterre et prit le nom de «Baloutchistãn anglais». L’Angleterre put ainsi préserver la région de Kalãt. Le «Baloutchistãn anglais» fait partie du Pakistan depuis 1947.

- En 1872, une autre commission présidée par le Général Goldsmith délimita la frontière entre l’Iran et l’Afghanistan au niveau du Sistãn. Cette commission divisa le Sistãn en deux régions, nommées «Sistãn principal» et «Sistãn extérieur». Le Sistãn principal, situé sur la rive occidentale de la rivière Helmand fut attribué à l’Iran. Le Sistãn extérieur fut attribué à l’Afghanistan.

- Les deux commissions précitées fixèrent donc la frontière orientale de l’Iran entre le port Gavãter et Kouhak au sud, et jusqu’au Mont Malek Siãh plus au nord. Entre Kouhak et le Mont Malek Siãh se trouvait un désert de 500 km de long, qui faisait l’objet de disputes entre les pays voisins. L’Iran occupa cette région et sa principale ville, Kouhak, ce que l’Angleterre contesta. En 1891, une commission présidée par le colonel Thomas Holdich fixa le mont Mirjãveh comme étant la limite nord du désert en question.

- Les désaccords à propos de la frontière au niveau du Sistãn aboutirent à la formation d’une nouvelle commission entre 1903 et 1905 présidée par le Colonel Mac Mahon. La frontière entre l’Iran et l’Afghanistan ne changea pas au bout du compte, et le problème de l’approvisionnement en eau de la région du Sistãn perdura.

Sources:

Badi’i, Rabi’, La géographie détaillée de l’Iran, Ed. Eghbãl, Téhéran, 1991.

Houchang Mahdavi, Abdol-Ridhã, Histoire des relations diplomatiques de l’Iran, Ed. Amir Kabir, Téhéran, 1971.

Mourre, Michel, Le petit Mourre (Dictionnaire d’Histoire universelle), Ed. Bordas, Paris, 2004.

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