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  • 11/12/2012
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Le héros de l’épopée, un être surhumain

ferdowsi

   Dans l’épopée occidentale de L’Enéide, Enéas est le fils de la déesse Aphrodite. Thétis, la mère d’Achille, est une déesse. En revanche, l’épopée persane ne présente pas clairement le héros comme le fils de Dieu. Cependant, l’une des caractéristiques des héros, c’est-à-dire le caractère extraordinaire de leur vie, les rapproche de Dieu. Rostam a déjà cinq cents ans quand il combat Esfandiyãr. Son père est élevé par un être céleste (Simorgh) dans les montagnes des dieux (Alborz). Esfandiyãr est un homme hors du commun et invulnérable. Ainsi, les forces métaphysiques jouent un rôle déterminant dans l’épopée. Si les héros des épopées occidentales sont en contact avec les dieux et s’adressent à eux, dans l’épopée persane, le héros s’adresse au ciel, jure par le soleil, la nuit. Dans son dernier combat contre Sohrãb, Rostam demande à Dieu de lui rendre sa force d’autrefois. Dans l’épisode de Rostam et Esfandiyãr, Zãl, père de Rostam, parle respectueusement avec le Simorgh, oiseau sacré de la mythologie persane.

   Une femme tombe amoureuse du héros de l’épopée et souffre de son indifférence. Tahmineh, fille du roi de Samangãn, s’éprend de Rostam, tandis que celui-ci n’éprouve pas le même sentiment. Il en est de même pour Siavash et Soudãbeh. Cet épisode est l’un des plus tristes et des plus émouvants du Shãhnãmeh. Il est à préciser que dans l’épopée persane, les héros sont très rarement des femmes. Gordãfaride, en tant qu’héroïne du Shãhnãmeh, reste elle aussi indifférente à l’amour que lui porte Sohrãb.

Les héros de l’épopée sont des héros nationaux. Si Adam dans Le Paradis perdu de Milton est le représentant de l’être humain, Achille dans L’Iliade et Rostam dans le Shãhnãmeh sont des héros nationaux.

   Le héros fait des choses hors du commun. Par exemple, Rostam mange pour son déjeuner un zèbre rôti embroché à un arbre, et est tellement lourd qu’en marchant, son pied s’enfonce dans la terre!

   Un anti-héros s’oppose toujours au héros de l’épopée. Ils se combattent jusqu’à ce que l’un vainque l’autre. Les scènes les plus frappantes de l’épopée sont sans doute les corps à corps entre le héros et l’anti-héros, comme celui opposant Rostam et Ashkbous dans le Shãhnãmeh. Mais Rostam, Sohrãb et Esfandiyãr sont tous des héros légendaires, et la défaite de l’un ou l’autre tend à transformer le récit en tragédie. Le héros de l’épopée réalise de grands dessins, de portée nationale ou mystique. Rostam et Afrãsyãb combattent par patriotisme. Esfandiyãr et Arjãsb quant à eux poursuivent un but religieux et mystique.

Le corps à corps est souvent précédé d’un rajazkhãni (mise au défi) en vue de railler l’adversaire ainsi qu’un mofãkhéreh (chaque partie vantant ses pouvoirs et mérites), tel que ce fut le cas avant le combat de Rostam et Esfandiyãr. Le héros entre en scène, commence à parader en cherchant un adversaire. Dans l’épopée philosophique et religieuse, chacun essaie en argumentant d’accuser et de condamner l’autre.

   Dans ces combats épiques, on utilise également toutes sortes d’armes blanches: lances, épées, massues, poignards, etc. Rostam et Esfandiyãr s’affrontent avec des lances et des flèches. Le rajãzkhãni dont l’objectif, comme nous l’avons signalé, est de décourager et de railler l’adversaire, de se donner confiance et d’affaiblir le moral de l’autre, peut être également considéré comme une arme à part entière. L’autre arme est la ruse. Etre rusé dans le sens positif du terme est l’une des caractéristiques des héros. La ruse est en effet la dernière issue. Rostam échappe en rusant à une mort inévitable que veut lui infliger Sohrãb. De même, Esfandiyãr ne parvient à conquérir Rouïndej (La forteresse invincible) qu’en recourant à la ruse.

   Les augures, les rêves et les prévisions occupent également une place importante dans le destin des héros. Sãm rêve que Zãl est vivant et vit dans la montagne Alborz. Jãmãsb prévoit la mort d’Esfandiyãr par Rostam. Ce dernier avait pressenti la fin tragique de son combat avec Sohrãb (Rostam tue son propre fils Sohrãb, sans le reconnaître).

Sources:

1. Anvãri, Hassan, She’ar, Jafar, L’Histoire épique de Rostam et Esfandiyãr, Téhéran, Ghatreh, 1376 (1997).

2. Anvãri, Hassan, She’ar, Jafar, L’Histoire tragique de Rostam et Sohrãb, Téhéran, Peivandeh Moãser, 1378 (1999).

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Le plan du chef-d’oeuvre de Ferdowsi (3)

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