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  • 29/12/2012
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Un grand homme de la littérature iranienne

dehkhodã

   En 1879 naissait dans le quartier de Sangelaj à Téhéran l’un des grands hommes de la littérature iranienne, ’Ali Akbar Dehkhodã. C’est dans ce quartier placé au cœur de la capitale iranienne que l’auteur de l’Encyclopédie Dehkhodã passa son enfance et son adolescence.

   Khãn Bãbã Khãn Ghazvini, le père d’Ali Akbar, était un grand propriétaire terrien de Ghazvin, mais son tempérament rêveur et son incapacité à préserver les terres familiales permirent aux autres membres de sa famille de se les approprier. Ainsi, Khãn Bãbã Khãn fut obligé de migrer à Téhéran, où ’Ali Akbar, l’aîné, naquit quelques mois plus tard. A dix ans, le jeune ’Ali Akbar et ses quatre frères et sœurs ayant perdu leur père, c’est Mirzã Youssef Khãn, le cousin de ce dernier, qui les prend sous sa tutelle.

Deux ans plus tard, Mirzã Youssef meurt également. C’est alors que Madame Dehkhodã, femme énergique et capable, décide de prendre en main l’éducation de ses enfants, d’autant plus que le jeune Dehkhodã montre déjà de brillantes capacités littéraires.

   Les Dehkhodã ont pour voisin le grand Sheikh Hãdi Najm Abãdi, un vieil ami du défunt Khãn Bãbã. La mère de Dehkhodã envoie son fils pour participer aux cours que donne le grand sheikh. Dehkhodã est encore très jeune, mais le théologien accepte sa présence par amitié pour le père et par admiration pour l’esprit clair et ardent du jeune garçon.

De ce sheikh, Dehkhodã dira plus tard: “Il fut le législateur de ma raison.”‌ Quelques mois plus tard, ’Ali Akbar commence également à suivre les cours théologiques de Sheikh Gholãmhussayn Boroujerdi, un autre des grands maîtres de l’époque.

   Ainsi se passe l’adolescence de Dehkhodã, qui assimile avec une égale facilité les lourdes matières qu’il apprend. A 17 ans, sa mère le pousse à participer au concours d’entrée de l’Ecole des Sciences Politiques. C’est vers la même époque que débute son combat politique, même si ce combat a un caractère très peu conventionnel et se résume à la participation du jeune Dehkhodã à des meetings clandestins.

   Avec l’obtention de sa licence en droit et sciences politiques en 1903, il met momentanément de côté toute activité politique et est engagé en qualité de secrétaire par Moãven-o-Dooleh, ambassadeur d’Iran dans les Balkans. Il ne termine pas sa mission et rentre au pays deux ans plus tard où il est engagé par la Compagnie des Ponts et Chaussées de Khorãssãn en qualité d’assistant et de traducteur de l’ingénieur belge Debroc.

Le style très peu conventionnel des lettres qu’il échange à cette époque avec les différentes administrations donnent la preuve de son immense talent littéraire.

   C’est vers la fin de son travail dans cette compagnie qu’il fait la connaissance de Mirzã Ghãssem Khãn Sour-e-Esrãfil qui cherche quant à lui un écrivain talentueux pour son journal, Sour-e-Esrãfil. Le Sour-e-Esrãfil est le plus révolutionnaire des journaux de l’époque et pour Dehkhodã, le chemin de la lutte politique est ouvert grâce au pouvoir de son verbe. Ainsi, pendant plusieurs années et jusqu’en 1909, date à laquelle le roi ordonne de canonner le premier parlement iranien et fait exécuter tous ceux qui ne veulent pas s’enfuir, dont Mirzã Ghãssem Khãn et Shirãzi, Dehkhodã écrira séries d’articles, des éditoriaux politiques et la série de ses articles comiques et critiques, surnommés les " Tcharand-o Parand ".

Dans ses Tcharand-o Parand, Dehkhodã use d’un langage particulièrement puissant, incisif et ironique. Il n’écrit pas pour l’élite mais pour le peuple qui le comprend et qui l’aime.

   L’ironie de Dehkhodã est une ironie vigoureusement acide et toujours à propos. C’est une arme parfaite pour qui sait s’en servir et Dehkhodã la manie à merveille pour déchirer le voile d’hypocrisie qui règne dans son pays, où une barrière aussi infranchissable qu’aux temps antiques sépare le peuple et la société des nobles, qui concentre l’essentiel de l’argent et du pouvoir entre ses mains. C’est en recourant à cette langue populaire si riche et si imagée qu’il se lance dans la lutte contre l’arbitraire. Il met ainsi en forme les plus acerbes critiques avec une finesse rarement égalée.

  Une des autres particularités des Tcharand-o Parand est leur forme de nouvelles, genre littéraire jusqu’alors inconnu en Iran, qui, dès son apparition officielle vingt ans plus tard, connaîtra un immense succès. Le ton de Dehkhodã est à savourer dans ces “nouvelles”‌. Limpide, vivace et touchant, il est pur délice pour le peuple, qui n’a pas de peine à saisir le message qu’il transmet.

   Les articles politiques de Dehkhodã sont en revanche d’un style différent. Ces articles furent publiés deux années durant, depuis la promulgation de la première Constitution iranienne par le roi Mozaffar-e-Din Shãh et le canonnage de la première assemblée nationale, suivi de l’emprisonnement et de l’exécution de nombreux opposants à l’absolutisme royal. Editoriaux pour la plupart, ils sont au nombre de 130.

   Après la destruction de l’assemblée nationale et l’exécution de Mirzã Jahãngir Khãn Shirãzi, le directeur de Sour-e-Esrãfil, Dehkhodã est contraint à l’exil et se réfugie en Suisse où, avec la collaboration de trois amis fidèles, il parvient à publier encore trois numéros de ce journal célèbre pour son opposition virulente à l’absolutisme.

Il revient à Téhéran après le renversement de Mohammad ’Ali Shãh et est tout de suite élu à la seconde Assemblée Nationale. De cette tranche de sa vie, on sait simplement qu’il est l’un des chefs du parti des " E’tedalioon " (modéré) et l’un des membres actifs de cette tendance au Parlement. A cette époque, il fait paraître ses articles dans les journaux Majless (le Parlement) et Showrã (l’Assemblée) et croise toujours le fer avec l’absolutisme et les maux sociaux.

  Avec le début de la Première Guerre Mondiale, la seconde Assemblée est dissoute et les forces étrangères pénètrent dans le territoire iranien, malgré la neutralité de ce pays. Dehkhodã est obligé de quitter Téhéran pour la seconde fois et va se réfugier pour vingt-huit mois dans les montagnes du Zagros, au sein d’une tribu bakhtiãre. C’est là-bas qu’après avoir fait le bilan de sa carrière, il décide de se retirer de la scène politique. Finalement il mourut en février 1955.

Source: Teheran.ir

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