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  • 31/12/2012
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La littérature moraliste persane chez Montesquieu

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   Au contraire, Montesquieu découvrit en l’Iran un pays où sa pensée moraliste put littéralement et littérairement s’épanouir. Plus fondamentalement, le succès immense que connurent les Lettres Persanes dès sa publication en 1721 est dû à ce que Montesquieu fut le premier à considérer d’un point de vue humaniste la vie des femmes en Orient.

Certes, les héros des Lettres Persanes ont une grande vérité humaine, car au fond, tout le roman tend à démontrer «comment peut-on être Persan», c’est-à-dire comment peut-on avoir, malgré des mœurs et des préjugés différents, le besoin essentiel qu’éprouvaient les Français: «tolérance», «justice», «vérité».

   On ne peut connaître ce que pensait exactement Montesquieu de l’Iran d’après ses fameuses Lettres Persanes, où il asservira la vérité à l’imagination et à la vivacité de l’intrigue. C’est plutôt dans ses œuvres d’érudition qu’on peut découvrir son point de vue à l’égard de ce pays. Dans Grandeur et décadence des Romains, il attribue la victoire des Perses sur les troupes du général Bélisaire à la «discipline de leur armée», conception qu’il a probablement puisée chez Hérodote et les anciens historiens. Dans l’Esprit des lois, il se base surtout, dans ses appréciations, sur les récits de voyageurs, sur ceux de Chardin en particulier. Il loue les anciennes institutions persanes pour encourager l’agriculture, et de manière plus générale, toute coutume qui pouvait englober la coopération et la solidarité chez les Iraniens. Grâce à ce genre de détails que l’on peut glaner dans les divers ouvrages de Montesquieu, il est aisé de comprendre les raisons qui l’ont poussé à choisir des protagonistes "persans" pour ses Lettres Persanes. Il le fit aussi peut-être pour le «bon sens» et la nature primesautière qu’il attribuait à ce peuple.

Mais puisant dans les relations des voyageurs et la large documentation sur les religions et les coutumes des Iraniens qu’il avait à sa disposition, il n’a choisi que les traits les plus frappants qu’il a exagérés le plus souvent pour frapper l’imagination et éveiller l’intérêt.

   En dépit de la critique des mœurs, et même en dépit de toutes les remarques politiques, l’œuvre de Montesquieu est importante pour les Iraniens, puisque de la rencontre des deux civilisations naît le sens du relatif, non pas chez les Français ou Persans, également persuadés de l’excellence de leurs coutumes, mais chez le lecteur: monogamie ou polygamie, despotisme oriental ou absolutisme occidental; quel est le meilleur système et où est le moindre mal? Il faudrait un autre Montesquieu qui pût écrire désormais les lettres iraniennes.

On conclut donc que l’Iran est vu par les philosophes français comme une contrée éminente où le destin de l’homme dépendrait de sa sagacité et de son honnêteté. Le soutien de Montesquieu à l’Iran consiste en l’image qu’il donne des Persans: tolérants et justes. Chez Voltaire, la grande qualité de ces derniers réside dans leur tolérance, née de leur bon sens.

Source: Irib.ir

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