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  • 23/2/2013
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La scène politique intérieure syrienne

syrie

   Sur la scène intérieure, le désaveu populaire était loin d’être aussi manifeste que dans le cas de la Tunisie car le régime avait de longue date réussi à jouer de la diversité ethno-confessionnelle de la société. Même s’il existe de courageuses exceptions à la règle, on peut estimer qu’il avait réussi ainsi à mobiliser/mobilisait le soutien d’une majorité de sa communauté (alaouite, environ 10% de la population) d’où sont issus les membres du premier cercle de son emprise politique et sécuritaire. Ne serait-ce que de façon réactive, il obtient très vite le soutien d’une majorité des communautés chrétiennes. Traditionnellement inquiètes devant tout changement révolutionnaire en général, les Églises vont se montrer durablement plus réservées encore face à l’hypothèse d’un rééquilibrage qui s’opérerait au profit de la majorité sunnite, supprimant le “cordon sanitaire”‌ de la minorité alaouite gouvernante. Plusieurs ecclésiastiques de haut rang prennent le parti d’assimiler publiquement, sans trop de nuances, ni il est vrai de sens politique, les sunnites aux Frères musulmans et ces derniers, contre toute évidence, aux auteurs, 30 ans plus tôt à Hama, d’un soulèvement dont le lexique n’avait pas toujours évité les raccourcis de la   stigmatisation sectaire. Même si, là encore, des exceptions militantes existent, le soutien au pouvoir ou seulement la réticence à l’égard de l’opposition vont donc demeurer longtemps la règle au sein des différentes communautés chrétiennes (soit entre 8 et 10 % de la population).

Les Druzes (une autre minorité musulmane chiite d’environ 10% de la population; Roussel 2011) ne vont pas être non plus explicitement associés à la mobilisation, même si ils lui fournissent quelques individualités actives.

   Après avoir été successivement des obstacles de fait à la volonté nationaliste baathiste de promouvoir l’hégémonie de la référence arabe puis, à l’opposé, une minorité devenue précieuse pour former une alliance contre la majorité arabo-sunnite, les Kurdes (sunnites) étaient pour leur part, redevenus aux yeux du régime, depuis le début du conflit irakien et le spectre d’un Kurdistan autonome, les cibles d’une surveillance vigilante et répressive qui s’était traduite par les émeutes de 2004 dans la ville de Kamishli. Le régime va tenter sans réel succès de se concilier les Kurdes par plusieurs mesures sélectives, dont la célébration plus officielle que par le passé de la fête du Noruz et, plus significativement, par l’attribution de la nationalité syrienne à plusieurs milliers de citoyens longtemps demeurés apatrides. Divisés, les Kurdes vont majoritairement “trainer les pieds”‌ pour rejoindre une rébellion dont ils considèrent qu’elle n’est pas la leur. Puis ils vont progressivement afficher une stratégie ouvertement autonomiste, aussi bien à l’égard du régime que de son opposition armée, l’Armée Syrienne Libre (ALS) notamment.

Last but not least, on peut esquisser l’hypothèse que l’OPA lancée par le successeur d’Hafez al- Assad en direction d’une partie au moins de la bourgeoisie d’affaires sunnite urbaine avait réussi. Alors que ce possible succès est aujourd’hui sur le point d’appartenir au passé, tant la réputation du Président semble avoir régressé dans cette catégorie de la société, il contribue à expliquer (avec l’exceptionnelle importance des méthodes sécuritaires préventives, y compris à Alep où furent opérées des centaines d’arrestations) qu’un calme - relatif - se soit longtemps maintenu dans les deux principales métropoles du pays. Et le fait qu’à la différence de l’Égypte et, dans une certaine mesure, de la Tunisie, la révolte soit venue des villes moyennes et non des deux “capitales”‌, politique et économique.

Sources:

Lemonde.fr

Francesyrie.org

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