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  • 4/12/2013
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Les Huit Paradis de Jeanne Bibesco (2)

les huit paradis de jeanne bibesco

   L’adaptation de ce quatrain d’Omar Khayyãm suit dans le récit de voyage sous forme d’un conte mystique au moyen duquel l’auteure tente de glorifier la notion d’existence par la vivacité de l’âme. Dans son quatrain, Khayyãm oppose le monde céleste au monde terrestre pour guider l’homme à la découverte d’un nouveau monde où la conviction et la vertu constituent le fondement de la réalité absolue: l’Univers a un Créateur unique et avisé.

La reprise du quatrain d’Omar Khayyãm par Jeanne Bibesco projette principalement toutes les particularités de l’Iran mystique où les rites religieux des Iraniens attestent la grandeur de la Providence: «Un soir - vers la fin du temps de Ramadan, avant que la Lune plus Heureuse se soit levée -, je suis restée seule, au milieu du peuple de boue durcie - dans l’échoppe du potier. Et, nouvelle étrange! Parmi la foule de Ceux qui sont faits d’argile, quelques-uns émirent des pensées.» [1]

   Dans ce préambule, l’auteure roumaine brosse minutieusement l’atmosphère mystique de l’Iran par la description du mois de Ramadan, temps profondément marqué par l’observation du ciel lunaire. L’attraction éprouvée pour la vie religieuse et mystique en Iran, au travers de descriptions détaillées ou poétiques, montre visiblement que la princesse s’est inspirée de l’idée que l’acte de foi éternise l’âme telle qu’elle continue d’exister après la mort. De plus, le fait de personnifier les objets dans la poterie problématise la création originelle de toute créature éveillée par l’âme enchantée et vive :

«L’un disait: «Je ne puis me tenir que de travers et l’on me raille de n’être point beau. Que ne demande-t-on au modeleur ce qui fit trembler sa main?»

«Un autre s’écria: «Ce n’est pas en vain que ma substance a été tirée de la terre brute. Car Celui qui m’a subtilement formé ne saurait vouloir piétiner son œuvre et la rendre à la commune matière.»

«Quelqu’un reprit: «Le plus malfaisant des garçons ne voudrait pas briser la cruche qui le désaltère. Celui qui m’a créé pour que je l’adore voudrait-il me détruire?» [2]

L’issue de ce dialogue, une jarre s’interroge sur la cause de sa création en faisant allusion à la perpétuelle existence où la créature et le créateur s’harmonisent en une voix commune: la création est une nécessité vitale. En fait, la divinité suprême se conforme à la réflexion mystique de la princesse Bibesco par l’intervention d’une poterie qui met fin à la discussion:

«Plus impatient que les autres, un pot cria: «D’abord qui suis-je? Et quel est ce potier qui m’a fait?»

«Mais, à ces questions, personne ne répondit.

«Et alors, ce fut le silence qui parla» [3]

En guise de conclusion, dans Les huit paradis de Jeanne Bibesco, une figure mystique de l’Iran paraît être la source inspiratrice du regard de l’auteur, tourné vers le mysticisme oriental. L’auteure franco-roumaine a pu mettre en valeur l’image poétique d’Omar Khayyãm d’une part par le biais du conte mystique, et de l’autre par le raffinement du langage anecdotique.

Notes:

[1] La Princesse Jeanne Bibesco, Les Huit Paradis, Paris, Grasset, 1925, p. 96.

[2] Ibid.

[3] Ibid.

Bibliographie:

La Princesse Jeanne Bibesco, Les Huit Paradis, Paris, Grasset, 1925.

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