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  • 8/6/2014
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L’eau et la culture islamique (1)

eau

   Les études relatives à la place que l’eau occupe en tant qu’élément majeur de la vie culturelle des sociétés humaines s’organisent autour de deux approches, l’une quantitative à l’appui des lois et des formules scientifiques, l’autre plus spirituelle s’occupant des qualités qui ne sont guère mesurables par les lois de la science. Selon cette dernière approche, l’eau est l’élément constitutif de la vie. De ce point de vue, l’eau précède la terre. L’historien des religions et mythologue roumain, Mircea Eliade (1907-1986) en a trouvé un exemple dans le livre de la Genèse - premier livre de la Bible - pour montrer comment les textes sacrés insistent sur les aspects symboliques et métaphysiques des éléments de la nature, dont et en particulier l’eau.

D’ailleurs, la symbolique de l’eau apparaît riche et abondante dans toutes les religions et toutes les cultures: les ablutions, le baptême, la purification par l’eau, les ablutions du cadavre, la tradition de jeter de l’eau sur la tombe d’un défunt ou après le départ d’un proche qui prend la route et part en voyage…

   Voici autant d’exemples de la présence permanente de l’eau dans les cérémonies rituelles marquant les tournants importants de la vie humaine. Dans la mythologie iranienne, il est dit qu’avant la rencontre avec les Amesha Spenta (Immortels bénéfiques, les saints immortels du zoroastrisme), Zarathoustra dut traverser l’eau. En effet, la traversée d’une étendue d’eau a une signification symbolique dans la mythologie iranienne, le héros devant souvent traverser un fleuve ou une mer pour réaliser un véritable exploit. Il devient donc possible de penser que chaque traversée d’eau équivaut à une renaissance. [1] Dans les cultures orientales et occidentales, de nombreux mythes religieux ou classiques sont liés à la Fontaine de Jouvence - fontaine de vie ou fontaine d’immortalité -, qui révèlent la fascination de l’homme pour l’eau et son importance pour sa survie depuis des temps immémoriaux. Dans les légendes mythologiques de plusieurs nations figurent des héros qui recherchent l’immortalité ou l’atteignent en buvant l’eau de cette fontaine ou en y plongeant: Gilgamesh, Esfandiyãr, Achille… Les textes islamiques y font allusion en attribuant l’immortalité ou sa quête à Khizr, Elias ou Zul-Qarnayn (nom désignant peut-être Alexandre). L’histoire de l’arche de Noé et du Déluge - répandue dans de nombreuses cultures - constitue une autre référence à l’eau, élément de la purification de la terre tout entière qui anéantit les vils et épargne les croyants.

   Selon Mircea Eliade, la tradition biblique suggère que l’eau serait plus ancienne que la terre. Les textes islamiques confirment-ils cette priorité de l’eau par rapport à la terre ? Dans son exégèse du verset 7 de la sourate 11, ’Allãmeh Tabãtabã’i (1892-1981) écrit que, comme dans l’Ancien Testament, l’eau est la source de la vie dans le texte coranique: «Et c’est Lui qui a créé les cieux et la terre en six jours, alors que Son Trône était sur l’eau.»

’Allãmeh Tabãtabã’i y voit une succession des événements de manière à présenter un ordre: «Le fait que le Trône, symbole de la majesté divine, soit posé sur la matière qui est la source de la vie, est une indication de la puissance créatrice de Dieu qui donne l’existence à Son royaume, passant d’un élément à un autre.» [2]

Notes:

[1] Bahãr, Mehrdãd, Une recherche sur la mythologie iranienne, éd. Agãh, Téhéran, 1996, pp. 253 et 260.

[2] Tabãtabãi, Sayyed Mohammad Hussayn, Tafsir Al-Mizãn, vol. 19, éd. Mohammadi, Téhéran, 1983, pp. 243-244.

Sources:

[1] Bahãr, Mehrdãd, Une recherche sur la mythologie iranienne, éd. Agãh, Téhéran, 1996.

[2] Tabãtabãi, Sayyed Mohammad Hussayn, Tafsir Al-Mizãn, vol. 19, éd. Mohammadi, Téhéran, 1983.

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