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  • 6/7/2015
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La langue et la littérature persanes chez les Ouïgours (2)

prêtres manichéens en train d’écrire à leur bureau, manuscrit de khocho, tarim basin, extrait d’un ouvrage manichéen, viiie-ixe siècle, asie centrale

   C’est donc durant les IXe et Xe siècles et sous le règne des Samanides que l’islam pénètre dans le territoire du Turkestan, et que le peuple ouïgour se convertit à la nouvelle religion monothéiste qui se développait alors sur trois continents. S’étant déjà étendu à l’Asie centrale, le persan est devenu une nouvelle fois un véhicule de diffusion de la culture persane et de la civilisation musulmane. Bien naturellement, la littérature mystique, qui concordait bien avec les coutumes des peuples du désert, tient une place d’honneur auprès de cette population.
En guise d’illustration du rôle et de la portée du persan dans cette région, nous pourrons citer le cas d’une lettre écrite en persan par un commerçant ouïgour et adressée à sa famille, retrouvée dans des fouilles près de Tourfan.
   Cet exemple démontre l’expansion de la langue persane comme celle de la religion musulmane durant la période citée. Il témoigne aussi de l’enseignement du persan dans les écoles de l’époque, à côté des enseignements religieux, attestant un statut de quasi-langue officielle pour le persan.
   Selon toute évidence, l’apprentissage de la langue persane ne se limitait pas à une acquisition linguistique, et les apprenants recevaient également des formations littéraires et même calligraphiques. C’est la raison pour laquelle la plupart des œuvres littéraires classiques persanes ont été traduites en ouïgour, et ont largement inspiré la littérature régionale. Comme c’est souvent le cas, les poètes du pays d’accueil ont composé des œuvres sous influence, voire par imitation des ouvrages traduits dans leur langue.
L’omniprésence du persan a continué jusqu’au XVe siècle, date à la laquelle la traduction des œuvres d’une langue à l’autre s’accélère.
    Durant cette dernière période, la traduction se fait dans les deux sens, donc également de l’ouïgour au persan, ce qui implique une réciprocité culturelle, un possible impact mutuel entre les deux cultures. Cependant, peut-être pour des raisons d’hégémonie culturelle et par un effet de domination des sous-cultures par la civilisation plus vaste et puissante, laquelle absorbe le plus souvent les cultures géographiquement plus restreintes, l’influence de la langue et littérature persanes a été visiblement plus significative.
   Les littératures médiévales étaient principalement constituées du genre épique, des épopées persanes telles que le Shãhnãmeh (Le Livre des rois) de Ferdowsi et surtout le Khamseh (Les Cinq épopées) de Nezãmi ont eu et ont toujours un succès inégalé, pour ne pas reparler du Golestân de Saadi et des Quatrains de Khayyâm que nous avons évoqués en début de notre article.
Source: Teheran.ir
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