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Historique de la production des objets en verre en Iran (2)

des objets en verre

   Le verre simple, sans décoration, était d’usage dans les bols, les gobelets, les bouteilles de forme globulaire, les bouteilles en forme de poire et d’autres à une seule poignée, etc. Pour les motifs décoratifs, seules les formes non-figuratives de la nature abstraite étaient employées. Les verres soufflés dans les moules, notamment les motifs à rayures, en forme de nid d’abeille ou plein de verrues étaient aussi en vogue. [1] Le verre taillé est aussi typique de cette période, et une large quantité de bols sãssãnides taillés en cercle étaient systématiquement exportés en Chine et au Japon. [2]

La très fameuse "Tasse de Salomon" [3], bol en or et en cristal de roche datant du VIIe siècle et actuellement conservé précieusement au Trésor royal de Saint-Denis, illustre à lui seul l’apogée de l’art verrier et l’habileté sans pair des Sãssãnides dans cet art.

   A l’époque islamique, autrement dit entre les VIIe et XIIe siècles, les techniques de la fabrication du verre continuèrent à progresser. Le rendement général était bon et le marché si prospère que l’on attribue les réalisations verrières les plus fines à cette période post-sassanide. Le tournant de cette prospérité artistique survint au début du IXe siècle. On considère qu’il est dû aux rivalités entre peuples musulmans; rivalité qui s’exerça également aux dépens de l’art sãssãnides, sous l’impact de l’art abbasside. La verrerie soufflée appartenant à la période islamique et plus particulièrement aux IXe et Xe siècles était travaillée grâce à une technique particulière propre à cette période, notamment les récipients en verre incolore gravés, incrustés et taillés avec une finesse extraordinaire. La coloration des motifs se transforma au fur et à mesure que les teintes verdâtre et jaunâtre devinrent populaires, puis perdirent leur attrait pour se faire remplacer de nouveau par le verre incolore. Le verre sans couleur, de très bonne qualité, se réappropria donc très tôt le marché. On s’en servait dans la vaissellerie. On regrette de ne pas avoir pu retrouver des fourneaux intacts datant de l’époque. La majorité d’entre eux auraient été dans la ville de Sirjãn mais faute de preuves pertinentes, il est difficile de confirmer avec certitude cette hypothèse.

A cette même époque, les Iraniens exportent même dans les régions voisines et plus principalement en Arménie et en Chine, tout en important parallèlement du verre des territoires syro-palestiniens. [4]

   Les objets retrouvés lors des fouilles de Neyshãbour et de Suse révèlent l’existence d’un large éventail de formes et de techniques à l’époque. [5] Parmi ces dernières, on distingue des inspirations sassanides légèrement altérées servant de fond aux nouveaux motifs et aux nouvelles coupes. [6] Les spécialistes pourront en formuler une idée plus précise une fois que des recherches plus détaillées au sujet des sites de Takht-e Soleymãn et de Sirãft auront été réalisées. De même, on aurait besoin d’études plus approfondies pour être en mesure d’affirmer si le Khorãssãn fut effectivement l’un des centres majeurs pour la production du verre à l’époque ou non. D’autres techniques qui n’étaient pas connues à l’ère préislamique, comme le pincement du verre à l’aide d’un instrument en métal, furent inventées et largement employées. [7]

des objets en verre

   C’est dans cette même région que furent retrouvés un nombre important de verres gravés, de bouteilles miniatures, de béchers cylindriques ou coniques, d’aiguières en forme de poire dotées des appuis-pouces, de bouteilles à panse globulaire et à col cylindrique, de bouteilles en forme de cloche à col conique, etc. Des imitations des œuvres en métal, des ustensiles de cuisine, des lampes, des encriers, des équipements chimio-médicaux, des vitres, des bijoux, etc. ont aussi été fabriqués à large échelle. [8] Concernant les motifs, ils représentaient de préférence des animaux, notamment des oiseaux et des créatures en forme de cheval. L’écriture uniquement en style coufique y est employée en guise de décoration finale.

Nous disposons de peu de données au sujet de la qualité de la production du verre aux époques postérieures au début de l’ère islamique, notamment celles des Ilkhanides et des Timurides, ce qui laisse penser que l’industrie de la verrerie de l’époque n’y était pas développée, malgré la persistance d’une simple technique de soufflage pratiquée notamment localement. La découverte de bouteilles plates grossières et épaisses à Takht-e Soleymãn en constitue une preuve. [9]

   Sous les Safavides (1501-1736) et les Qãdjãrs (1786-1925), l’industrie de la verrerie se développe très majoritairement dans le domaine des objets de commerce destinés aux négoces de longue distance. On fabriquait des bouteilles à col long et à corps plat parfois avec des torsions de fils sur le col en guise de décoration, et qui étaient surtout destinées aux liquides comme le vin. [10] Des serres entièrement fabriquées en verre auraient existé à Ispahan et à Shirãz. La cour safavide recevait également des miroirs et de la vaisselle en verre de Venise via les agents et les envoyés vénitiens. Ce n’est qu’au XIXe siècle que l’on commença à importer du verre de Bohême et d’Europe centrale, ce qui ne fut pas sans impact sur la fabrication du verre. [11] Par la suite, des objets en verre aux ornements divers en provenance d’Iran et attribués à la période safavide furent importés en Europe au cours du XIXe siècle. Cependant la majeure partie de ces derniers, notamment des bouteilles à long col, des coupes à vin, des narghilehs, des peinture sous-verre, etc. sont décorés avec des motifs davantage répandus à l’époque qãjãr, ce qui rend flou leur datage précis.

Notes:
[1] Megro-Ponzi, Maria Maddalena, "Sasanian Glassware from Tell Mahuz (North Mesopotamia)", Mesopotamia, 1968-69, pp. 293-384.

[2] An, Jiayao, "Early Chinese Glassware", tr. Matthew Henderson, The Oriental Ceramic Society 12, London, 1987, p. 7.

[3] Tallon, Françoise, Les pierres précieuses de l’Orient ancien des Sumériens aux Sassanides, Paris, 1995, p. 29.

[4] An, Jiayao, "Dated Islamic Glass in China", Bulletin of the Asia Institute, N.S. 5, 1991, p. 131.

[5] Kervran, Monik, "Les niveaux islamiques du secteur oriental du tépé de l’Apadana, III : Les objets en verre, en pierre et en métal", MDAFI 14, 1984, pp. 211-225.

[6] Kroger, Jens, Nishapur: Glass of the Early Islamic Period, New York, 1995, Krِger, 1984, pp. 184-85.

[7] Ibid., pp. 95-99.

[8] Ibid., p. 176.

[9] Schnyder, Rudolf, "Keramik- und Glasfunde vom Takht-i Suleiman 1959-1968", Archنologischer Anzeiger, 1975, p. 194.
[10] Charleston, Robert J., "Glass in Persia in the Safavid Period and Later", Art and Archaeology Research Papers 5, 1974, pp. 12-27.

[11] Diba, Layla S., "Glass and Glassmaking in the Eastern Islamic Lands, 17th to 19th Centuries", Journal of Glass Studies 25, 1983, pp. 188-91.

Source: Teheran.ir

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