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  • 9/4/2008
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Le musée des tapis de Téhéran

   Situé au coin des avenues Kargar et du Dr Fatemi, le bâtiment en deux étages renfermant une précieuse collection de tapis et de kilims de toutes les régions du pays datant essentiellement des XIX et XXe siècles, avec quelques pièces plus anciennes dénommées les "Polonaises" remontant au XVIIe siècle: la pièce maîtresse datant de l’époque Safavides, rachetée et rapatriéeI, de Londres  sur  ordre de Farah- Diba, pour être ensuite offerte au musée à l’occasion de 2500 anniversaire de la monarchie.

Musée des tapis

   De l’extérieur la construction ressemble à un métier à tisser, c’est là  où  sont  organisées  de  temps  à  autre les expositions consacrées au tapis. Le plus ancien tapis connu, dont la copie y est exposé, est celui de Pazyryk (Sibérie méridionale) qui aurait été fabriqué entre le Vème et le Ier siècle av. J.-C. On découvre déjà l’existence de tapis de laine sous le règne de Cyrus le Grand, bien qu’on soupçonne ces œuvres richement décorées d’être des étoffes tissées et non des tissages à points noués.

Le Fars au XX ème puis l’Azerbaïdjan au XIII ème siècle furent les centres de production de tapis après la conquête arabe de la Perse.

   L’Occident en eut connaissance par les récits des Croisés et de Marco Polo. En déambulant dans le musée ce qui attire l’attention c’est que les motifs des tapis sont géométriques, et la différence est éclatante d’une région à l’autre et même selon les époques et les âges. La dynastie Safavides, vers 1500, donna une grande impulsion à cet art. Peintres renommés, tisserands d’une habileté rare furent convoqués afin de  participer au  développement  de cette industrie notamment à Ispahan. C’est surtout sous les règnes de Shah Abbas et de Shah Tahmasb que cet artisanat encore rustique s’éleva à la dignité d’art raffiné. Shah Tahmasb admirait tant l’art du tapis qu’il apprit le tissage et dessina plusieurs modèles très   fins. L’âge d’or des Safavides ne dura, hélas pas longtemps. 

   C’est seulement vers  1885 qu’eut lieu la renaissance de la tapisserie. La nouvelle fabrication des tapis prit un essor considérable et devint la grande industrie et le principal commerce de l’Iran. Le tapis, objet d’exposition, exigea la création d’un nombre croissant d’ateliers. Ce développement toucha Tabriz, aussi bien que Machhad, Kermân et Kâchân. De nouvelles techniques furent assimilées ; une plus grande variété de compositions apparut. Le musée divisé en compartiments représente des foyers importants de  la fabrication de tapis.  Chaque région  possède  ses   propres  motifs voire des couleurs typiques. 

   Les colorants  utilisés proviennent de substances surtout végétales, plus rarement animales, ou minérales : Garance, indigo, safran, henné, genêt, cathame (jaune), noix de galle, nerprun (brun noir) cochenille qui fournit le carmin, etc. La croyance généralisée des Iraniens en la puissance des symboles apparaît dans le choix des couleurs et des motifs :

 "L’arbre de vie" vieux motif mésopotamien, assurera l’éternité de l’âme ; la "grenade" apportera l’abondance ; le "chameau" sera un gage ; le "chien" écartera les maladies et les influences maléfiques ; "1’œillet", symbole favori des tisserands, apportera le bonheur ; le " boteh " sorte de palme ou de cyprès dont la cime est recourbée, figurera la fécondité ; des colonnes encadrant un jardin seront la porte du Paradis.

   Les formes des tapis persans sont d’une grande variété. Le " kalleh " ou " tapis de tête " est étroit et long. Le " kenareh" (signifiant bordure ou galerie). Le "miané", le plus usité. Le " sadjadeh " ou tapis de prière, est reconnaissable à l’emplacement réservé pour poser le front et les mains. Enfin les tapis de nomade s’attribuent un espace exigu, faits en pleine nature, leur motif, bien que géométriquement asymétriques, fait une large place aux plantes ainsi qu’aux animaux domestiques, les Qashqai et les Bakhtiaris sont les principales tribus nomades qui ont laissé leur trace dans le musée. Ouvert au public depuis 1979, le musée ferme le lundi mais ouvert tous les jours de 9 a 17 h.

 Dr.Behzâd Hachémi

Université Azad Islamique d’Arak

 

Source:Revue Le Pont, N:4, Printemps 2007, P.39.

 

 

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