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Apparitions et réalités de Fatima : précautions liminaires (1)

rassemblement de la foule pour assister aux apparitions le 13 octobre 1917

   Les apparitions de Fatima constituent un événement multi facette. Comment qualifier ce témoignage ? Comment apprécier l’importance des faits ? Qu’on le veuille ou pas, ces apparitions ont suscité une émotion et un engouement qui forment en soi un motif suffisant pour s’y pencher. Que l’on soit sociologue, psychologue, astronome, religieux, athée, ingénieur ou artiste, comment prendre position face à un tel phénomène ? La position rationaliste extrême balaierait  bien d’un revers de main ce qu’un individu matérialiste qualifierait volontiers de supercherie.

 C’est que la « chose » défie toutes les constructions mentales qui ont formé cet univers matérialiste depuis que la science expérimentale a prétendu exclure définitivement la métaphysique de la science.

   Qu’à cela ne tienne, la métaphysique, parce qu’elle surpasse la simple observation, regagne du terrain jour après jour et le temps est loin où le Cercle de Vienne pouvait proclamer prétentieusement que tout fait qui ne se formalise pas selon un langage logique et mathématique est dénué de sens. On a pu taxer le monde religieux d’être irrationnel, c"est-à-dire un monde que l’on ne peut rationaliser, que l’on ne peut interpréter au moyen d’outils intellectuels conçus par l’homme et pour l’homme. La rationalité, entendue en son sens restreint, est une grille de lecture particulière de la réalité, qui tend à rapporter l’inconnu à du connu. Réduire ce qui nous échappe à une forme que nous maîtrisons est une intention compréhensible, c’est aussi une nécessité du langage logique que d’adopter des formes acceptables de discours afin de convaincre l’autre.

Cette optique, sous sa forme la plus étriquée, nous amène à nier ce que nous ne connaissons pas. Cette façon de penser peut sembler bien commode mais elle se prête au risque croissant de se dédire, avec le progrès de la science.

   L’atomisme a longtemps prétendu que l’atome est le plus petit segment de la matière demeurant insécable. Nous en sommes revenu depuis et la physique tend désormais à penser un lien entre matière et non matière, par le biais de la transformation de la masse et de la vitesse en énergie. On peut donc dire d’une certaine manière que la pensée rationaliste « étriquée » consiste à répondre aux questions en les éliminant et en ramenant l’inconnu-sujet de la question à un connu-complément d’objet de la réponse. D’une certaine manière, le rationalisme étriqué dénie le droit de question: il ne reconnaît que les réponses. Nous prétendons alors que seul le « rationalisme ouvert » est capable d’aborder la modernité la tête haute. La modernité est un concept qui se conçoit ici comme un état dans lequel les circonstances les plus récentes sont consciemment reconnues et organisées en fonction d’un degré de connaissance particulier.

   C’est pourquoi un « vieil homme » instruit pourra jouir d’un esprit bien plus moderne qu’un « jeune homme » embourbé dans ses rêves poussiéreux d’adolescent nostalgique. Par exemple, on nous bombarde de fausse modernité, en prétendant que la démocratie libérale est un critère de modernité.

Or, la démocratie libérale a pu, dans certaines circonstances, en constituer un critère véritablement, dans certaines parties du monde. Mais aujourd’hui, la démocratie libérale n’est plus un critère de modernité, car elle ne constitue pas un état dans lequel les circonstances les plus récentes sont consciemment reconnues et organisées en fonction d’un degré de connaissance particulier.

   Qu’est-ce alors que la rationalité ouverte ? Il s’agit d’une rationalité capable de penser l’inconnu, sans totalement démissionner face à des phénomènes qu’elle est incapable d’interpréter à partir de son protocole particulier de raisonnement. Il s’agit donc d’une rationalité capable d’accepter l’inexplicable dans son schéma d’explication du réel, sans avoir à réévaluer l’ensemble de ses hypothèses épistémologiques. Par conséquent, on peut affirmer que la rationalité ouverte ne se confond pas avec la science, elle est plutôt un protocole d’argumentation fondée sur des principes dits « rationnels » et isolés des schémas matérialistes primitifs. Il serait vain alors d’assimiler la rationalité ouverte à un quelconque empirisme, car elle admet en son sein la métaphysique comme un schéma explicatif acceptable qui peut parfois même dominer les autres types d’explication.

    Mais alors, comment distinguer une « rationalité ouverte » d’une superstition? Alors que la superstition demande à sa « victime » de sacrifier ses outils épistémologiques  au nom d’une foi en un événement qui dépasse l’entendement habituel, la rationalité ouverte demande au contraire d’y rester fidèle tout en consentant au phénomène décrit une rationalité qui dépasse, mais ne l’anéantit pas, le degré de rationalité considéré. La superstition est une dangereuse amputation intellectuelle, alors que la « rationalité ouverte » est une richesse qui permet d’affronter l’inconnu sur la base d’un discours logique compréhensible par autrui.

Au lieu d’appauvrir notre compréhension de la réalité objective, comme le fait la superstition, la rationalité ouverte doit conduire à l’enrichir.

   Alors que la superstition détruit tout autre type de discours sur son passage pour ne laisser la place qu’au phénomène considéré, admis comme extraordinaire, la rationalité ouverte multiplie au contraire les schémas d’explication, partageant tous en commun le fait d’être compréhensibles par autrui, afin d’aborder un problème et  éventuellement envisager notre impossibilité temporaire ou permanente à y répondre.

    Les apparitions de Fatima sont un événement  susceptible de générer les trois réactions évoquées antérieurement: rationalité étriquée, superstition, rationalité ouverte.  En tant que phénomènes, « rationalité étriquée » et « superstition » peuvent avoir quelque intérêt, mais doivent être absolument réfutés en tant que mode de raisonnement ou d’appréhension de la réalité. Par conséquent, nous souhaitons ici aborder les « apparitions de Fatima » sous l’angle de la rationalité ouverte, en considérant qu’elles posent des questions, ou plutôt qu’elles posent problème.

Nous ne pouvons malheureusement pas prétendre démontrer quoi que ce soit, vu les maigres informations dont nous disposons. Il aurait été si intéressant d’avoir accès aux archives du Vatican et du diocèse de Santarem !

    Nous optons donc pour une approche inductive, qui consiste à rapprocher des probabilités afin d’élever le niveau de probabilité d’une hypothèse de manière à laisser au lecteur la responsabilité de se faire une opinion personnelle. Nous nous réservons le droit d’émettre un avis mais nous sommes malheureusement incapable de lui appliquer le sceau de la certitude scientifique. On peut très bien avoir une certitude psychologique, intérieure, personnelle, mais ce type de certitude par définition n’engage que soi et c’est bien là un signe de la foi.

Sources:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Notre-Dame_de_F%C3%A1tima

http://www.fatima.be

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