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  • 14/7/2008
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Les non-dits de la vie d’Imãd Moughniyeh, révélés par l’un de ses compagnons (1)

imad moughniyeh

      L’un des anciens compagnons du Martyr Imãd Moughniyeh, Anis Naccache a révélé des non-dits de la vie et du Martyre de ce commandant du Hezbollãh libanais.

   Anis Naccache est l’un des anciens combattants de la Résistance libanaise qui s’était longtemps battu aux côtés de Yasser Arafãt. Dans cet entretien, il raconte ses souvenirs du martyr Imãd Moughniyeh, révélant des non-dits de son Martyre.

* * *

- M. Naccache, quand est-ce que vous avez fait la connaissance avec «Hãdj Rezwãn» qui n’était autre qu’Imãd Moughniyeh ?

Anis Naccache: Cela remonte à l’époque où j’étais membre du Mouvement Fatãh de Yasser Arafãt. J’étais responsable de l’entraînement des forces dans un camp situé dans le sud du Liban en 1976, lorsque Imãd Moughniyeh est venu me voir. Il n’avait que quinze ans et demi à l’époque. A cette époque-là, la plupart des groupes combattants étaient des formations de gauche, ou ils étaient carrément communistes.  En effet, les forces musulmanes étaient très peu nombreuses à Beyrouth.

Imãd est venu me dire: «Nous sommes un groupe de jeunes croyants. Laissez-moi participer aux entraînements militaires, je veux me battre contre les sionistes.»

   J’ai accepté sa demande, mais il m’a dit: «Est-il nécessaire que je sois membre du Fatãh pour y participer?» Je lui ai répondu qu’il n’y avait aucune obligation pour lui d’être membre du Fatãh pour recevoir une formation militaire.

imad moughniyeh

- Etiez-vous responsable de l’entraînement des forces à l’époque ?

Anis Naccache: Oui. J’avais un camp d’entraînement où de nombreux individus recevaient une formation militaire: des marxistes, des maoïstes, des nationalistes, et un certain nombre de jeunes membres des Frères musulmans. Ils participaient à un stage de quinze jours pour apprendre l’usage de l’arme, la tactique militaire, et le combat asymétrique, etc. Plus tard, Imãd et moi, nous sommes devenus amis et nous avions des relations très proches. Au début, il croyait qu’il devait absolument adhérer au Fatãh, mais il a compris très vite qu’il vaudrait mieux arranger la chose avec moi, et je lui ai permis d’entraîner lui-même les membres de son groupe.

On était en pleine guerre civile du Libãn, mais je n’y étais pas impliqué. A cette époque-là, les régions du sud étaient calmes et tout le monde était occupé par la guerre civile.

   Moi, j’avais mes propres projets pour continuer le combat dans le sud du pays. J’y ai formé un groupe de combattants, et dès que la guerre civile a pris fin, notre groupe s’est installé dans le sud pour commencer ses opérations contre Israël. Hãdj Imãd était membre de ce groupe. Il était régulièrement en contact avec moi et il apprenait les techniques de combat. Au fur et à mesure, le groupe dont il était membre a acquis plus d’expérience.

 

- Avait-il formé lui-même un groupe de combattants ?

Anis Naccache: Il s’était présenté au départ auprès de l’Allãmeh Fazlollãh pour participer aux cours religieux. Mais pour la formation idéologique et militaire, il s’est adressé à nous. Je suis allé en France en 1979 et je n’avais plus de nouvelle d’Imãd. Après la victoire de la Révolution islamique, il aimait beaucoup se rendre en Iran pour mieux connaître l’Imam Khomeiny. Il me demandait de lui parler de la Révolution islamique d’Iran. Il distribuait les photos et les affiches de l’Imam Khomeiny, et il a pris ensuite des contacts avec l’ambassade d’Iran à Beyrouth.

   Hãdj Imãd était très attentif et très sérieux dans ses activités et son combat. Lui et ses amis étaient très attachés à l’Imam Khomeiny et à la Révolution islamique.

imam khomeiny

   Une dizaine d’années plus tard, j’ai appris par les journaux qu’Imãd était devenu un grand combattant et qu’il avait adhéré au Hezbollãh. J’ai été libéré en 1990. J’ai rencontré de nouveau Imãd. Il s’est présenté par un faux nom, car il croyait que je l’avais peut-être oublié. Mais je l’ai appelé par son vrai nom et je lui ai dit que je l’ai bien reconnu. J’ai réalisé aussitôt que même ses amis les plus proches l’appellent par un autre nom. J’ai respecté son choix. Jusqu’au jour de son martyre, je n’ai jamais parlé de lui, et je n’ai rien dit aux journalistes arabes qui demandaient si j’avais des liens avec Imãd. Je disais même que je ne savais même pas s’il était vivant ou mort. J’ai caché ainsi mes liens avec lui.

   Cependant, nous nous rencontrions régulièrement pour échanger nos points de vue sur le conflit israélo-palestinien, et j’étais au courant de ses progrès à tous les égards tactiques et stratégiques. Imãd avait des croyances religieuses très fortes, mais il était également un homme très innovant dans les questions militaires. Il en était lui aussi bien conscient.

Il disait toujours: "Nous devons trouver des tactiques tout à fait inconnues et inattendues pour surprendre les Israéliens". Il réussissait toujours dans les opérations qu’il dirigeait, jusqu’à ce qu’on lui a confié le poste de commandant militaire des forces du Hezbollãh.

   Nous coopérions à l’époque avec tous les groupes combattants. Plusieurs groupes libanais s’adressaient à nous pour profiter de nos entraînements, bien qu’il n’avait pas de contact avec le Fatãh. Il nous demandait aussi un soutien logistique. Le Fatãh leur livrait des armes et les soutenaient du point de vue logistique à condition qu’ils se battent contre Israël. Même les organisations actives en dehors du Libãn et de la Palestine profitaient de ce soutien.

dr tchamran

    C’est ainsi que j’ai établi des liens avec des Iraniens. Les combattants iraniens, opposants au régime du Shãh, se rendaient au Libãn comme le martyr Mohammad Montazéri, Djalãleddin Fãrsi, le martyr Mohammad Sãleh Hosseini ou le martyr Mostafã Tchamrãn.

Ils se rendaient au Libãn pour se battre, et ils profitaient du soutien logistique que leur accordait le Fatãh. Certains d’entre eux se rendaient même en Palestine occupée et collectaient des informations pour le Fatãh. En effet, il était possible à l’époque de se rendre en Israël avec des passeports iraniens.

    J’étais responsable du lien des formations palestiniennes avec les Iraniens. Les combattants iraniens qui se rendaient au Libãn, venaient recevoir une formation militaire au camp d’entraînement de Damour, au sud de Beyrouth, sur la route reliant Beyrouth à Khaldeh. Hãdj Imãd était lui aussi dans ce camp.

Un grand nombre de ces Iraniens, surtout ceux qui étaient liés au groupe de Djalãleddin Fãrsi et de Mohammad Montazéri, recevaient leur formation militaire dans un autre camp d’entraînement à Tyr, pour apprendre l’usage de l’arme et de l’explosif.

   A cette époque-là, le Fatãh avait des relations très larges et soutenait d’innombrables personnes. Après avoir reçu sa formation militaire, Imãd m’a dit qu’il avait besoin d’armes et d’autres moyens. Je lui ai dit que je devais en demander l’autorisation à Khalil Al-Wazir (Abou Djihãd), adjoint de Yasser Arafãt. J’ai dit à Abou Djihãd qu’un groupe en dehors du Fatãh demandait du soutien logistique. Il a voulu savoir si ce groupe voulait se battre contre les sionistes. Je l’ai aussitôt confirmé. Alors Abou Djihãd a accepté la demande et m’a dit qu’un jour ses combattants se battraient en totale indépendance contre Israël.

C’était une phrase historique, car Imãd Moughniyeh est connu de tous les Palestiniens. On sait aujourd’hui qu’Imãd Moughniyeh avait commencé son combat pour libérer la Palestine.

Source: www.taghrib.ir

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