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  • 13/12/2008
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Crise financière (17): une dynamique financière sous contrôle juridique

comprendre la dynamique financière

   Dans notre développement précédent, nous sommes arrivés à la conclusion suivante, que tout système financier est porté par un phénomène social, orienté par trois objectifs, défié éventuellement par un dilemme production-préservation  et animé par ce qu’on qualifierait de progrès entropique ouvert. Par progrès entropique ouvert, nous entendons une pluralité d’équilibres possibles réduits à un seul par les facteurs objectifs imposés par une situation réelle qui dépasse le domaine économique.

L’équilibre en question est d’ailleurs en perpétuelle redéfinition, suite à l’exercice de forces multiples contradictoires, mues par une dynamique intrasubstantielle, pour reprendre un vocabulaire sadratique.

   Nous avons conclu ensuite que la confrontation avec cette dynamique se faisait en trois étapes: connaître l’équilibre dynamique, déterminer son caractère endogène et exogène, enfin, réduire autant que se peut, l’ampleur de la dynamique à son caractère exogène et incontrôlable.

equilibre dynamique en architecture

   Par équilibre dynamique, nous désignons cette situation instable, déterminée par des facteurs intrinsèques et extrinsèques. Par facteurs intrinsèques, nous entendons des lois scientifiques identifiables qui caractérisent le fonctionnement du système à travers une relation identifiée de cause à effet, définissable logiquement et ou quantitativement.

Une relation identifiée et logiquement définissable correspond à une relation connue, avec un champ d’application précis, et recourant à un mode opératoire établi.

   On donnera en exemple la loi des avantages comparatifs d’une économie ou d’un secteur économique par rapport à un autre. Il s’agit d’une relation connue (entre un besoin, une compétence et une production), avec un champ d’application précis (le marché du besoin et du produit correspondant) et un mode opératoire établi (la spécialisation). En ce qui concerne le système financier, on parlera d’avantages comparatif de telle activité financière, par exemple le crédit-bail, pour un établissement particulier par rapport à un autre, ou d’un marché spécifique, comme celui des prêts immobiliers par exemple. Ce type de loi devient quantitativement définissable quand, en plus de trouver une définition logique, on peut la quantifier, comme la loi de l’offre et de la demande. Ainsi, la loi des avantages comparatifs n’est pas quantitativement définissable – nous parlons d’avantages comparatifs, et pas d’une spécialisation statistiquement descriptible, qui en est la conséquence - contrairement à la loi de l’offre et de la demande que l’on peut facilement quantifier grâce aux statistiques de consommation.  Par conséquent, une loi scientifique n’est pas forcément quantifiée et n’implique pas nécessairement, à nos yeux, de modélisation mathématique.

L’aspect intrinsèque de l’équilibre dynamique se caractérise par ses lois scientifiques, c’est-à-dire un caractère connu et prévisible de relations de cause à effet, qui ont cours dans le système financier, sans nécessairement être quantifiables et donc sans être précisément prévisibles.

   Toutefois, nous assumons qu’en tout état de cause, qu’il s’agisse de lois scientifiques quantifiables ou non, l’ordre de grandeur de leurs effets sur le système est suffisamment connu pour en déterminer l’effet approximatif sur la dynamique en cours dans le système.

métaphorie des facteurs intrinsèques et extrinsèques

   Quant aux facteurs extrinsèques, il s’agit de facteur imprévisibles, dont nous ignorons non seulement l’ordre de grandeur de leurs effets systèmiques, mais parfois jusqu’à leur existence même. Il existe donc un facteur d’ignorance incompréssible à prendre en compte dans toute recherche sur l’équilibre d’un système. Sinon on ne pourrait plus parler d’entropie ouverte, ni de progrès.

Nous sommes donc au cœur du caractère dynamique de l’analyse, puisque un facteur devient intrinsèque dans la seule mesure où il exerce un effet sur le système par le biais d’une relation connue de cause à effet.

   Un facteur demeure extrinséque dans le cas où, soit il nous est complètement inconnu, soit la relation de cause à effet  qui le supporte nous est inconnue, soit l’ordre de grandeur de l’effet qu’il imprime au système nous est inconnu. Nous sommes maintenant en présence d’un système animé par une dynamique générée par des facteurs intrinséques et extrinsèques, les premiers relativement connus et prévisibles, les seconds inconnus et imprévisibles.

endogène ou exogène?

   Nous passons désormais à la seconde étape, c’est-à-dire la confrontation avec le caractère endogène et exogène de l’équilibre dynamique. Son caractère endogène n’est obtenu qu’à partir de la définition du système financier, or le système financier ne sera défini que plus tard, si Dieu veut, et donc le caractère endogène et exogène de l’équilibre dynamique ne pourra véritablement être connu qu’après avoir défini le système financier lui-même. Nous nous contentons ici de dire que le caractère endogène de l’équilibre dynamique recouvre nécessairement une définition statique et matérielle d’un côté, et une définition dynamique de l’autre, regroupant les facteurs intrinséques et la partie des facteurs extrinsèques qui est destinée à devenir intrinsèque une fois découverte par nous.

Il n’existe pas de limes définitif entre facteurs intrinsèques et extrinsèques d’une part, et par conséquent, entre caractère endogène et exogène de la dynamique en question.

   La conclusion que nous tirons de cela est qu’en toute état de cause, nous évoluons dans un environnement fait d’incertitude, et que nous devons nécessairement ménager une marge d’incertitude suffisante dans notre analyse du système financier. Dès lors, donner une appréhension strictement mathématique du progrès entropique parait relativement illusoire, même si les mathématiques peuvent s’avérer un outil de modélisation incontournable.

peut-on prévoir par les mathématiques?

   Réduire l’ampleur de la dynamique à son caractère exogène et incontrôlable, est une tâche continue, qui sera d’autant plus précise que notre définition du système financier sera détaillée, et que la décantation entre facteurs intrinsèques et extrinsèques sera finalisée. On peut dire que la connaissance précise des mécanismes du système par ses acteurs et le mécanisme d’information parfaite contribuent largement à son efficacité et à la diminution des déséquilibres et de l’incertitude du système. Or, ce qui est absolument incertain d’un point de vue épistémologique, c’est-à-dire la partie inconnue ou incontrôlable du progrès entropique, correspond précisément à la marge de manœuvre fermée par la législation. Par exemple, l’interdiction de l’intérêt ou l’interdiction du flou contractuel (gharar) permettent de diminuer la partie incontrôlable de l’incertitude du système.

C’est pourquoi on parlera toujours, dans le contexte islamique, d’un système financier contrôlé et limité par la loi.

   Cependant, la loi dans notre perspective, n’est pas le régulateur générant déséquilibre et misallocation des capitaux, mais la soupape permettant de gérer la part exogène des rapports d’équilibre. La jurisprudence islamique est donc le moyen-terme entre équilibre et changement dans le système financier islamique.

la loi, condition à l’équilibre

 

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