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  • 22/6/2009
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Après les élections iraniennes: bon joueur avant, mauvais perdant après (2)

bbc farsi, que certains appellent bahai broadcasting company

   La couverture médiatique occidentale des événements suivant les 10 èmes élections présidentielles en Iran ne suffit pas à refléter la réalité de l’actualité iranienne. En général, on regrette une absence totale de recul par rapport au principe même de la dynamique en cours. On a l’impression d’un consensus médiatique ayant pris fait et cause pour les appels à l’annulation du processus électoral ayant abouti à la réélection du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad. Le postulat qu’il véhicule est le suivant: Ahmadinejad n’a pas pu être réélu car il s’oppose aux intérêts de l’Occident en Iran et dans la région du Moyen-Orient.

Ceci alors qu’Obama a récemment prononcé un discours au Caire, rempli de bonnes intentions et de déclarations lénifiantes à l’égard du monde musulman.

On se rappellera utilement que cette attitude n’est pas sans précédent, puisque c’était déjà l’argumentaire donné par les grands médias occidentaux pour discréditer la victoire du FIS algérien en 1989 et soutenir la dictature des généraux dans une répression qui allait provoquer une guerre civile meurtrière et la mort de centaines de milliers d’algériens; ou encore pour s’opposer à la victoire du Hamas dans les territoires palestiniens dans les élections législatives de 2006, ce qui s’est traduit dans les faits par la division de ces territoires en deux autorités de facto et posa les bases de l’offensive sioniste contre Gaza en janvier 2009. Le problème posé par les médias est donc réel, car il est devenu la principale source d’information de l’opinion publique, permettant de préparer ou au contraire d’éviter les pays occidentaux à une offensive militaire. Nous désirons ici rétablir la vérité sur ces événements.

les médias occidentaux ne mentent jamais…

   Le Conseil des Gardiens de la Révolution, constitué de 12 membres dont six élus par le Parlement et six nommés par le Guide (art.91), autorise la candidature de quatre personnes: le président sortant Ahmadinejad, le directeur exécutif du Conseil de Discernement – présidé par A.Hashémi Rafsanjani – Mohsen Rezai, un ex-premier ministre pendant la guerre Iran-Irak Mir Hossein Moussavi et un religieux ultra-réformiste Mahdi Karroubi. En tant que candidats officiels, ces quatre personnes bénéficient désormais des dispositions de la loi iranienne sur les élections. Ils jouissent d’un égal temps de parole dans les médias officiels, en dehors de la presse qui ne dépend que de ses actionnaires.

les quatre grands candidats de l’élection présidentielle

   La campagne se polarise autour de quelques thèmes importants : du côté d’Ahmadinejad, on s’appuie sur le bilan de la première mandature, qualifiée de positive, sur le prestige international recouvré par l’Iran, en particulier sur les succès technologiques, diplomatiques et les avancées du programme nucléaire.  La justice sociale est toujours considérée comme un objectif clef; la lutte contre le gaspillage d’énergies (essence, efficacité énergétique), pour laquelle le gouvernement a pris des mesures courageuses (rationnement des consommations d’essence) contrairement à l’ensemble de ses prédécesseurs,  de l’avis de l’ensemble des observateurs objectifs,  est l’étape incontournable pour mettre en place l’économie compétitive et libéralisée appelée de ses vœux par le Guide depuis sa réinterprétation de l’article 44 de la Constitution.

La lutte contre la corruption constitue aussi un thème majeur, qui cristallise toutes les tensions, sur lequel l’intransigeance d’Ahmadinejad a pu capitaliser une popularité évidente mais à cause duquel il s’est fait beaucoup d’ennemis.

   Surtout, la personnalité du candidat plaît, pour la simplicité de son train de vie, son humilité, son caractère populaire et proche des gens; son courage et son franc-parler séduisent et déteignent par rapport à l’ambiance courtoise et feutrée à laquelle les politiciens iraniens  avaient habitué leur électorat.  Enfin, son intransigeance vis-à-vis des grandes puissances et la proximité supposée avec les vues du Guide suprême lui donnent un avantage incontestable auprès de la majorité des petites gens et des croyants.

les démocrates européens fuient le discours de m.ahmadinejad à genève (durban 2)

   En face, se trouve Mir Hossein Moussavi, qui est entré en campagne avec des moyens financiers et médiatiques considérables, qui lui permirent de créer un phénomène de mode habilement orienté, et utilisant toute sorte de symboles à son profit. La couleur verte, symbole de l’islam et de la famille prophétique dans la tradition chiite, allait devenir le catalyseur psychologique unificateur d’un message pourtant assez confus. En effet, le candidat Moussavi représente en fait une coalition d’intérêts hétéroclites, dont on voit mal comment ils auraient pu être satisfaits dans le cadre d’une éventuelle gestion politique. Nombre d’observateurs reprochaient donc au programme de Moussavi d’être un programme d’élection, plutôt qu’un programme de gouvernement. Trois grandes tendances s’y distinguent: les occidentalisés partisans d’une occidentalisation à tout crin et soutenus par les médias occidentaux, la mouvance cléricale de Qom autour de Muntazeri et un puissant groupe d’hommes d’affaires opposés aux mesures du précédent gouvernement. Moussavi capitalisait à la fois sur la nostalgie des premières années de la révolution et sur la caution que voulaient bien lui offrir les milieux occidentaux, comme la BBC et autres.

Conscient de ces contradictions fondamentales entre soutiens conservateurs et velléités de chamboulements, les partisans de Moussavi tentèrent de dévier la campagne vers des attaques personnelles concernant le président sortant.

   En fait, une première ligne de rupture avait été tracée par Ahmadinejad lui-même, entre ceux qui soutenaient sa volonté de changement de paradigme, depuis une société et une économie rentières et repliées dans un statu quo en termes d’équilibres politico-sociaux, vers une démocratie religieuse décomplexée, et ceux qui désiraient à tout prix conserver ce statu quo, soit qu’ils y trouvaient un intérêt personnel, soit qu’ils savaient que ce dernier ne pouvait durer en l’état. 

le soutien de m.khatami à m.moussavi

   Dès lors, la campagne est d’abord monopolisée par le camp de Moussavi alors que le camp présidentiel rechignait à entrer en campagne pour mobiliser ses derniers efforts sur le bilan gouvernemental, qu’il considérait être son véritable atout et sa carte capitale à présenter aux électeurs. Les débats télévisés entre candidats diffusés en direct, une innovation de la télévision publique pour ces élections, changèrent totalement le climat de campagne en faveur d’Ahmadinejad, qui s’y montrait plus éloquent, maîtrisant beaucoup mieux ses dossiers techniques et à l’aise dans un discours qui laissait apparaître une cohérence efficace avec les actions entreprises lors de sa précédente magistrature. En face, Moussavi semblait plus fébrile, englué dans son souci de montrer l’unité improbable de son électorat, se perdant dans des généralités qu’il ne pouvait appuyer par aucune action gouvernementale autre que celle des années de guerre, et surtout perdant son sang-froid dans un duel personnel avec le président en exercice, qu’il avait pourtant lui-même initié.  Résultat, l’ensemble des sondages, issus de sources discordantes, montraient une avance confortable en faveur de M.Ahmadinejad.

véritable gagnant du vote du vendredi 12 juin 2009: le peuple iranien

   On connaît la suite…un taux de participation record (85% des inscrits), une victoire au premier tour du président sortant avec 64% des votes exprimés, contre 34% pour Moussavi. Derrière cet événement, se profilait un soutien populaire massif pour la République islamique et son régime politique en place. Or, avant le décompte des voix, M.Moussavi décide de convoquer la presse étrangère le soir même des élections pour y déclarer qu’il en est le vainqueur incontestable! Le lendemain,  apparemment étonné des résultats officiels annoncés par le ministère de l’Intérieur, il refuse de les admettre et appelle immédiatement à protester par des manifestations de rue le jour même, sans mener les consultations nécessaires avec les autorités. Dès lors, ses partisans déçus se radicalisent et les manifestations, illégales, dégénèrent en scènes de violence. La sécurité publique est mise à mal par des petits groupes radicaux, sous l’œil éberlué de la population à peine sortie d’une longue campagne électorale.

Le régime témoigne d’une remarquable ouverture d’esprit, alors qu’un véritable climat de peur s’installe dans les rues de Téhéran et que des assassinats sont commis au nom d’une requête d’annulation des élections.

   Très vite, les rumeurs les plus folles circulent, aidées en cela par le réseau internet et la messagerie cellulaire, émanant de sources incontrôlables. La confusion s’installe alors que les réfractaires, mauvais perdants, ont du mal à produire un véritable discours politique audible. Les gens se demandent quelle est réellement leur revendication: «s’ils croient au processus électoral, pourquoi rentrent-ils dans l’illégalité et recourent-ils à la violence une fois les élections perdues, au lieu d’adresser leurs griefs aux autorités compétentes…et s’ils ne croient à la démocratie en Iran, alors pourquoi ont-ils participé aux élections?». La suspicion s’installe entre la majorité de la population, qui ne voit là qu’un mauvais épisode de violence politique et cette minorité déçue, qui croit avoir tous les droits pour faire aboutir et imposer leur agenda politique.

jeunes partisans de mousavi à téhéran

   En réalité, on voit bien que ce mouvement contestataire s’est placé dans une impasse, surtout depuis qu’il s’est installé dans une illégalité manifeste et que le Guide a déclaré publiquement que seuls les recours légaux étaient acceptables. Progressivement, l’excès de cette prise de position apparaît de plus en plus évident, et l’on ne voit pas quelle issue ces contestataires pourraient donner à leur mouvement, autrement qu’en acceptant la main tendue par le régime, à l’initiative du Guide. 

Sources: 

Irna.ir

Afp.com

France24.fr

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