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  • 17/9/2007
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Poésie(1)

 

 

La poésie (la graphie ancienne était poësie) est un genre littéraire très ancien aux formes variées qui privilégie l'utilisation des vers et dans lequel l'importance dominante est accordée à la forme et au signifiant. La poésie est l'art du langage qui fait une utilisation maximale des ressources de la langue.

 

 

Origines

   Le mot poésie vient du grec ποιεῖν (poiein) qui signifie « faire, créer » ; le poète est donc un créateur de mots, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du moyen âge .Dans l'Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu'il s'agisse de l'art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l'exprime l'étymologie.

    Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique. Plus tard les théoriciens de l'esthétique retiendront trois genres : l'épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l'utilisation du vers s'imposera comme la première caractéristique de la poésie.

   Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s'appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l'expression des sentiments.

  En effet, première expression littéraire de l'humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d'abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l'épopée de Gilgamesh, (3e millénaire avant JC) en Mésopotamie, les Vedas, le Ramayana ou le Mahabharata indiens, la Bible des Hébreux ou l'Iliade et d'Odyssée des Grecs.

   Parallèlement à cette poésie épique des origines constituée de textes longs et narratifs, existe une poésie liturgique qui renvoie à la célébration divine par le poète inspiré dont les sociétés ritualiseront les textes sous forme de psaumes, d'hymnes, de sourates... . Dans un espace plus sécularisé se développeront aussi, en prenant appui sur le chant, l'élégie et la tragédie qui expriment le cœur et le destin des hommes.

 

Entre Apollon et Dionysos

 

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Apollon, la Poésie et la Musique – Opéra Garnier

 

   La poésie est marquée par l'oralité et la musique de ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l'utilisation des vers, et d'effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive.

 

Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d'abord destiné à être entendu plutôt qu'abordé par la lecture silencieuse.
 

   Placées sous l'égide d'Orphée et d'Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts, et associées à la muse Erato,la musique et la poésie sont également étroitement liées par la recherche de l'harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. La création poétique hésitera cependant constamment entre l'ordre et l'apaisement apolliniens qu'explicite Euripide dans Alceste : Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d'Apollon l'adoucit et l'apaise et la fureur dionysiaque qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l'on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l'Antiquité grecque.

 

Fonction poétique

   En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante. Dans la prose l'important est le signifié, elle a un but extérieur (la transmission d'informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie avancer .

   En revanche, pour la poésie, l'importance est orientée vers la forme , vers le signifiant, dans une démarche réflexive , symbolisée par le vers qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se renverse ) que l'on peut représenter par une spirale.

   La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu'il démultiplie le signifié : l'enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au delà du sens courant du terme poésie qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L'expression poétique offre cependant au cours de l'Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

 

L"écriture poétique

   L'invention poétique produite par le jaillissement de l'inspiration et la connexion privilégiée du poète avec l'indicible qui le conduit au delà du prosaïque repose également sur la maîtrise technique des formes savantes, et les poètes ne cesseront de débattre de l'importance relative de ces deux composantes. De fait, l'écriture poétique réside dans l'enrichissement du matériau linguistique complet, en prenant en compte à la fois le sens et le son, d'où une mise en page spécifique (le plus souvent), une densité particulière des mots avec des procédés de mise en valeur et d'expressivité, et une prise en compte des rythmes et des sonorités.

 

Le vers

   La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l'utilisation du vers (régulier ou non), même s'il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique comme l'emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.

 

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Calligramme – Apollinaire

 

   La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l'alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l'hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre anglais. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle. Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé ( Un coup de  ... ), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l'œil et plus seulement à l'oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

 

La musicalité

   L'origine orale et chantée de la poésie qu'évoquent la lyre d'Apollon ou la flûte d'Orphée marque l'expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs/ vers impairs - e muet ...) et le jeu des accents et des pauses (césure – enjambement ...).

 

 La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d'au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées ...) et de richesse.
 

   Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d'Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux : Pour qui sont ces serpents... ) où les rimes sémantiques .

 

Le poids des mots

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Mallarmé

 

   Le poète exploite toutes les ressources de la langue en valorisant aussi les mots par leur rareté et leur nombre limité : on parle parfois de poésie-télégramme où chaque mot coûte comme dans le sonnet et ses 14 vers ou dans la brièveté extrême du haïku japonais de trois vers. L'enrichissement passe aussi par la recherche de sens rares et de néologismes, par les connotations comme l'Inspiration derrière la figure féminine dans Les Pas de Paul Valéry (Personne pure, ombre divine,/ Qu'ils sont doux, tes pas retenus ! ) où par des réseaux lexicaux tissés dans le poème comme la religiosité dans Harmonie du soir de Baudelaire. Le poète dispose d'autres ressources encore comme la place dans le vers ou dans le poème ( trou de verdure dans le premier vers du Dormeur du val de Rimbaud auquel répond le trou rouge au côté droit du derniers vers) ou les correspondances avec le rythme et les sonorités (L'attelage suait, soufflait, était rendu. ... - La Fontaine et Le Coche....

   Le poète joue également de la mise en valeur des mots par les figures de style comme les figures d'insistance comme l'accumulation, le parallélisme ou l'anaphore (exemple : Puisque le juste est dans l'abîme, /Puisqu'on donne le sceptre au crime, / Puisque tous les droits sont trahis, / Puisque les plus fiers restent mornes, /Puisqu'on affiche au coin des bornes / Le déshonneur de mon pays... , Hugo – Les Châtiments, II,5), les figures d'opposition comme le chiasme ou l'oxymore ( le soleil noir de la Mélancolie - Nerval), les ruptures de construction comme l'ellipse ou l'anacoluthe ( Exilé sur le sol au milieu des huées, /Ses ailes de géant l'empêchent de marcher , Baudelaire - L'albatros) et bien sûr les figures de substitution comme la comparaison (dont Eugène Guillevic en est l'un des meilleurs usagers) et la métaphore. L'emploi de l'image est d'ailleurs repéré comme une des marques de l'expression poétique ; un seul exemple emblématique de métaphore filée en rendra compte : (Ruth se demandait ...) Quel Dieu, quel moissonneur de l'éternel été / Avait, en s'en allant, négligemment jeté / Cette faucille d'or dans le champ des étoiles, (Victor Hugo – Booz endormi.)

 

Article relatif au sujet :

 Poésie(2)

 

Source: fr.wikipedia.org

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