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  • 11/11/2007
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LA QUATRIEME GUERRE MONDIALE (4/2) : LA SRATEGIE AMERICAINE DE NON PROLIFERATION DES ARMES DE DESTRUCTION MASSIVE

La stratégie américaine : une interdiction de prolifération verticale et horizontale

 

   Selon le document de stratégie de sécurité nationale des Etats-Unis daté de 2006, la lutte contre la production et le développement industriel d’armes de destruction massive nécessite une stratégie globale pour éviter la prolifération et l’obtention par des terroristes de l’arsenal ainsi que de la technique relative à l’utilisation de ce type d’armes.

les installations nucléaires sionistes à dimona (palestine occupée)

   Ces « efforts actifs contre la production et le développement industriel » des armes de destruction massive et de leur vecteur balistique visent à anéantir la menace potentielle avant que cette dernière ne devienne effective, ainsi que la prise de mesures de protection renforcée contre les conséquences d’une telle menace1 . Selon les américains, la meilleure façon de lutter contre la prolifération est d’empêcher ces pays d’accéder à la matière fissile. La stratégie de contrôle du marché des matières fissiles rencontre deux priorités :

- empêcher les pays cibles d’acquérir la capacité de produire de la matière fissile (cycle de production complet)

-  empêcher le commerce de matière fissile depuis les pays détenteurs vers les pays demandeurs susceptibles de supporter le terrorisme2

cycles du combustible nucléaire
Cycles du combustible nucléaire (ouvert et clos)3

   De manière générale, les Etats-Unis cherchent à lutter contre la prolifération verticale et horizontale de l’arsenal nucléaire d’origine hostile. La prolifération verticale concerne le développement d’une capacité nucléaire domestique de la part d’un pays alors que la prolifération horizontale concerne l’expansion géographique de l’arsenal nucléaire. Ce qui vient d’être décrit constitue la stratégie globale des Etats-Unis en matière de non-prolifération mais son application peut prendre des formes variées. Concernant l’Irak, la stratégie de désarmement a été mise en avant. Le prétexte mensonger de la détention par l’Irak d’armements de destruction massive a été avancé par les Etats-Unis pour justifier leur offensive contre ce pays en 2003. La résolution 1441 a d’abord été passée au Conseil de sécurité des Nations Unies, puis dans un second temps, les Etats-Unis se sont émancipées des Nations Unies pour commencer leur offensive militaire. La stratégie de « la carotte et du bâton » a été un succès dans le cas de l’Irak.

le président lybien mu’ammar khadafi lors d’une rencontre internationale

   Par effet domino, le président libyen Mu’ammar Kadafi décide en 2003 de renoncer à son programme nucléaire et envoie l’ensemble des installations nucléaires de son pays par bateau vers les Etats-Unis. Bien que la Libye ait livré ses installations aux Etats-Unis et non à l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA)4 , le directeur de l’AIEA M.Baradei s’est rendu en Libye peu de temps après. Le désarmement de l’Irak et de la Libye constitue donc deux succès importants de la stratégie américaine de non prolifération dans la région. L’Iran est alors devenue la première préoccupation des Etats-Unis en matière de non prolifération.

 

Le cas de l’Iran

 

   Depuis l’annonce par l’AIEA en juin 2003 de la détection d’une matière fissile avec un haut degré d’enrichissement sur les installations iraniennes, l’Iran est devenue la priorité de cette Agence et des Etats-Unis en matière de non prolifération.

l’ambassadeur iranien à l’aiea : m.sultanieh

   Le gouvernement iranien a alors répondu que la matière fissile en cause était liée à des opérations effectuées par le vendeur des installations acquises par l’Iran à l’étranger. Néanmoins, depuis lors, le dossier iranien est encore soumis au Conseil des gouverneurs de l’AIEA.  Depuis, le Conseil des gouverneurs a voté une résolution demandant à l’Iran d’interrompre l’enrichissement de l’uranium, de ratifier le protocole additionnel ainsi que de s’y confirmer. Le gouvernement iranien décida alors de se conformer à cette résolution en interrompant toute activité d’enrichissement et en appliquant le protocole additionnel tout en évitant de le soumettre au Parlement pour ratification.

sigle de l’agence internationale de l’energie atomique (aiea)

   Malgré ces concessions importantes, l’Iran n’obtient aucune contrepartie et voit au contraire la pression politique exercée par les Etats-Unis et l’AIEA augmenter, ce qui finit de vider de son sens l’effort de « confidence building ». Dans le cas iranien, les Etats-Unis ont utilisé trois types de tactiques opérationnelles à l’encontre de ce qu’ils nomment la « crise nucléaire iranienne » :

- la « stratégie de la carotte et du bâton » (carrot and stick): le bâton étant manié par les Etats-Unis et la carotte par les européens. On rapporte de Roosevelt : « Prend un gros bâton avec toi mais parle doucement ». Le pays cible est alors un cheval sauvage qu’il convient de dompter au moyen d’une carotte et d’un bâton5.

- La « stratégie du bon et du mauvais policier » (good cop and bad cop): la police mondiale est responsable de l’ordre et du respect de la loi internationale mais deux types de police sont à l’œuvre : le bon policier et le mauvais policier. La Grande-Bretagne, l’Allemagne et la France jouent le rôle du bon policier indiquant à l’Iran d’interrompre l’enrichissement de l’uranium sous peine de voir le « mauvais policier », incarné par les Etats-Unis, appliquer des mesures plus brutales6 .

- La « stratégie de la grenouille » (frog strategy) : le magazine « Time » dans un article de E.Shannon, publié le 22 janvier 2006, a expliqué cette stratégie appliquée à l’Iran7. Cette stratégie fait partie des stratégies classiques et son nom vient de la façon dont les français cuisinent la grenouille. La grenouille est immergée vivante dans une marmite remplie d’eau froide, qui sera placée sur le feu. Etant un animal amphibie et à sang froid, si la grenouille s’aperçoit d’un changement soudain et important de température, elle cherchera a changer sa position, mais ne sentira pas la température se modifier si le changement est progressif. Ainsi, la grenouille restera dans la marmite alors que la température s’élève progressivement jusqu’à atteindre le point d’ébullition auquel cas la grenouille sera ébouillantée vivante.

couverture du time magazine du 30 janvier 2006

   Dans ces conditions, on a vu que la grenouille est  incapable de définir une température limite au-delà de la quelle elle doit sortir de la marmite. Il s’agit donc d’appliquer à l’ennemi le même sort qu’à la grenouille. Les stratégistes américains ont défini trois étapes préparatoires :

o augmenter la pression sur l’Iran pour que ce pays renonce volontairement à ses activités nucléaires

o en cas d’insoumission de l’Iran, mettre à l’ordre du jour du Conseil de sécurité une résolution ferme à l’encontre de ce pays

o obtenir du Conseil de sécurité des Nations Unies le gel des comptes bancaires gouvernementaux iraniens dans la perspective de préparer les étapes suivantes plus rigoureuses encore

Divers scénarios sont envisageables dans la suite du dossier iranien, et les efforts américains s’inscriraient alors dans la fourchette rigide/dure de l’éventail des moyens disponibles dans le concept de puissance.

les trois types de puissance

   Les Etats-Unis s’efforceraient d’imposer un embargo sur l’Iran par le biais du Conseil de sécurité des Nations Unies. Par la résolution 1737, un embargo sur la technologie nucléaire et balistique à l’attention de l’Iran existe. Mais on peut imaginer un embargo sur le matériel pétrolier ainsi que différentes mesures d’embargo économique et commercial. L’embargo sur les produits pétroliers ou sur le matériel et la technologie industrielle pétrolière paraît difficile à imaginer aujourd’hui compte tenu des conditions du marché pétrolier mondial. L’embargo économique peut prendre quatre formes : blocage des fonds iraniens à l’étranger, blocage des avoirs des citoyens iraniens à l’étranger, embargo sur les exportations vers l’Iran, embargo sur les importations depuis l’Iran.

le dispositif américano sioniste autour du territoire de la république islamique d’iran

   Quant aux mesures dures, quatre scénarios sont envisageables : bombardement des installations nucléaires iraniennes, guerre cybernétique, guerre complète d’invasion, guerre complète d’invasion suivie de la partition territoriale de l’Iran.

 

En guise de conclusion

 

Malgré les prétentions américaines concernant la lutte contre la prolifération nucléaire au Moyen Orient, leur politique traduit une duplicité à double standard sur le sujet. A aucun moment un responsable américain n’a évoqué l’arsenal nucléaire sioniste, ni n’a témoigné d’inquiétude particulière à cet égard malgré l’aveu public du premier ministre sioniste Olmert de la détention de l’arme nucléaire.

image panégyrique de david ben gourion, un des fondateurs de l’entité sioniste

    Le groupe de recherche de la présidence américaine reconnaît ainsi que « la plupart des pays de la région reprochent aux Etats-Unis d’appliquer un double standard concernant la capacité nucléaire militaire israélienne (entité sioniste). Bien que l’arsenal nucléaire israélien pose problème en terme de non prolifération, celui-ci confère à Israël une marge de sécurité lui permettant de faire la paix avec quelques uns de ses voisins ».

mohammad al-baradei, directeur de l’aiea

   Or, malgré l’affirmation de la part de l’AIEA qu’il n’existe aucune indication montrant que le programme nucléaire iranien ait été dévié vers des activités militaires et malgré l’absence de preuve à cet égard, les Etats-Unis continuent d’accuser l’Iran de chercher à acquérir un arsenal nucléaire et de l’empêcher d’accéder à l’énergie nucléaire. En réalité, le thème de la non-prolifération nucléaire est devenu prétexte à empêcher d’autres pays de jouir de l’énergie nucléaire civile. L’invasion de l’Irak de 2003 est là pour nous rappeler bien à propos que l’administration américaine est capable d’utiliser l’arme du mensonge pour justifier a priori et a posteriori ses escapades martiales.

Notre prochain article est consacré à la technique américaine dite de Désarmement- Démobilisation –Réintégration (DDR).

Seyed Hasan Huseyni

Diplômé de l’Université Imam Sadeq - Téhéran

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1   http://www.whitehouse.gov/nsc/nss/2006/

2 Idem, p.16

3 http://blogs.princeton.edu/chm333/f2006/nuclear/open%20and%20closed%20cyclesjpg.jpg

4 http://www.iaea.org/

5 HUSEINI, Hasan. Perception management (in Persian), 2005

http://www.tisri.org/publications/persian.asp?mode=pub&pubAbs=book&pubID=346

6 http://www.tisri.org/publications/english.asp?mode=pub&pubAbs=book&pubID=146

7 SHANNON, “A slow squeeze on Iran”, Time Magazine

http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1151823,00.html

 

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Guerre mondiale (7 /7) : la stratégie de « nation building »

Liens utiles :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Zalmay_Khalilzad

http://www.rand.org/pubs/monograph_reports/MR897/

www.iaea.org

 

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