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  • 12/3/2011
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Norouz, la fête iranienne (1)

printemps

   "Le monde est profond, plus profond qu’aucun ne peut le dire. Son malheur est profond. La joie est plus profonde encore que le chagrin. Le malheur dit: va t-en! Mais, la joie veut toute l’éternité. Elle veut profondément l’éternité abyssale."

Frédéric Nietzsche

  Norouz est évidemment la fête iranienne la plus joyeusement célébrée depuis un temps mythique, situé par la plupart des historiens à l’époque de Jamshid, le roi perse qui fit la joie de son peuple en montant au ciel debout sur son char [1].

Dans la conception zoroastrienne, Norouz symbolise la fin de la saison d’Ahriman, l’hiver, et annonce l’arrivée de la saison d’Ormuzd, l’été, et coïncide avec le printemps, qui apporte un souffle nouveau au monde, à la vie. Elle évoque en ce sens le bonheur du recommencement et la joie de vivre, qu’on essaie de rendre éternel dans des formules jubilatoires : "Que tu voies cent ans les mêmes années !", "Que tu vieillisses !" "Bonne année !", …

   La fête de Norouz est notamment marquée par le sentiment de joie, cette grande vertu de l’existence sans laquelle la vie serait insupportable. La grande valeur accordée à la joie dans cette fête comme dans bien d’autres montre aussi qu’elle est associée aux autres aspects universels de l’activité humaine. Notons que la joie peut être prise en divers sens; ici cependant, on la comprend au sens plein du terme, en tant que manifestation du bonheur, de la béatitude, et de cette satisfaction qu’éprouve la conscience existante. L’homme est en vie et il prend plaisir à sa vie.

La joie est pour ainsi dire l’expression du bonheur, lequel forme la grande aspiration de l’homme depuis la nuit des temps. Le même bonheur constitue l’accomplissement de la fonction de l’homme, et il est, pour un Aristote, non seulement la fin de l’éthique mais aussi la fin de la politique, car la cité juste est heureuse. Toute l’histoire de la philosophie, on le sait, est traversée par cette question du bonheur.

   Le bonheur et la joie possèdent également un sens très fort dans le langage religieux, en tant que réponse jubilatoire surgie du cœur croyant devant la révélation du divin et en tant que participation à la vie divine, joie en elle-même. Dans la conception religieuse, la joie éternelle est définie en tant que fin des voies de Dieu; le message de toutes les religions est que le royaume de Dieu est paix et joie. L’importance de la question semble ainsi acquise; l’enjeu de la joie est décisif et premier.

Aussi, étudier la joie - le bonheur, le plaisir - pourrait-il nous aider à répondre à plusieurs questions concernant l’existence et l’expérience humaines: l’homme se fait et se définit dans son rapport avec ce sentiment.

Note:

[1] Askar Bahrami, Les fêtes iraniennes, Ed. Bureau de recherches culturelles, Téhéran, 2005.

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