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  • 5/8/2008
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Saadi, le poète humaniste du XIIIe siècle (4)

      Les deux plus grands ouvrages de Saadi sont le Boustãn et le Golestãn, le premier étant un recueil de poésies et le second une œuvre en prose. Tous les deux s’illustrent dans le domaine de la poésie édifiante. En cela, ils n’ont rien d’exceptionnel, mais ce qui les différencie des autres travaux en ce domaine est la langue magnifique et unique de Saadi qui a non pas brisé les cadres classiques de la poétique persane, mais les a appliqués dans son œuvre avec un goût parfait.

golestan

   Aujourd’hui encore, Saadi est un exemple cité pour la beauté de la langue et écrire comme lui est depuis des siècles un rêve inatteignable. C’est sans doute grâce à cette beauté que la morale qu’il proposait trouva dès le départ une bonne écoute parmi la population et nombre de ses bons mots sont devenus des proverbes réfléchissant la société, encore qu’on ne puisse dire si ce sont les mots de Saadi qui ont nommé les faits et les états, ou ces faits et états qui ont pris forme dans le moule de sa parole musicale.

De plus, il ne faut pas oublier que la morale de Saadi n’était nullement une morale d’ascète ou même d’homme de science, son éthique était beaucoup plus sociale que philosophique ou mystique.

   On ne saurait dire avec certitude lequel de ses ouvrages est le plus ancien. On sait uniquement que le Boustãn a été terminé en 1256, date à laquelle Saadi le dédie à l’émir. On peut simplement deviner qu’il a été commencé avant le retour du poète au pays natal et qu’il le considérait lui-même comme un cadeau pour les siens. Cet ouvrage est divisé en dix chapitres qui traitent de la justice, de la sagesse, de la bonté, de l’amour et de l’ivresse, de la modestie, de l’acceptation, de l’éducation, de la repentance, etc. Ce livre de quelques 4000 distiques privilégie la forme du Masnavi.

boustan

   Quant au Golestãn, terminé probablement un an après le Boustãn, il a été rédigé dans une langue très musicale et rappelle par sa finesse la beauté du chant poétique de Saadi. Il est divisé en huit chapitres, "les faits des rois", "le caractère des ermites", "les bienfaits de l’économie", "les bienfaits du silence", "l’amour et la jeunesse", "la faiblesse et la vieillesse", "l’influence de l’éducation" et "l’art de discourir".

   Comme le Boustãn, le poète utilise le langage des contes pour illustrer la morale qu’il prône, et cette particularité, pourtant classique dans la littérature orientale, donne une saveur incomparable à ce qu’il dit, d’autant plus que sa plume est d’une superbe originalité et mêle en virtuose la préciosité langagière, alors en vogue, avec une simplicité qui dénote de l’immense travail sur la langue de l’auteur.

Maîtrisant parfaitement les règles de la rhétorique, de la poétique, de la stylistique et de la langue arabe, -que ses longs voyages lui ont permis de travailler à un point rarement atteint par d’autres auteurs persans-, ainsi qu’une connaissance instinctive et fine des principes pédagogiques, le poussent à faire alterner dans ses textes prose, poésie, conte, verset saint, hadith, et vers arabes et évitent au lecteur toute fatigue et lourdeur.

   Cette variété n’est pas uniquement formelle. Comme le dit Saadi lui-même, il a essayé d’étudier tout ce qui touche à l’homme - ce qui fait de lui un humaniste dans le sens le plus moderne du terme -, du plus bas au plus haut. Cet intérêt pour des domaines très variés de la vie humaine, et dans une large mesure sociale, fait également de Saadi un témoin fidèle de son temps et de la société irano-musulmane de l’époque.

   Séparément de ces ouvrages, Saadi est également connu pour ses quelques 700 distiques arabes qui, indépendamment ou en accompagnement de ses poèmes persans, dénotent de la capacité de ce poète à jouer de tous les registres et montrent sa maîtrise parfaite de la langue arabe qu’il a eu le temps d’approfondir lors de ses années de voyage dans le monde arabe. Il est également l’auteur d’un petit recueil de panégyriques rédigé en persan et en arabe qu’il a composé en l’honneur du vizir Joveyni et qui se nomme le "Sãhebiyeh", ainsi que d’un ensemble satirique, "Khabissãt" (Les méchancetés), dans la préface duquel il précise qu’on a dû le menacer de mort pour qu’il accepte de les composer. Un autre des ouvrages très peu connu de Saadi est un recueil copié sur le Golestãn, en persan simplifié, adressé à un turcophone récemment promu émir persan, qui ne comprenait pas bien la langue de ses sujets, le Nassihat-ol-Molouk, (Conseils aux rois)

   Pour beaucoup de lecteurs, Saadi est, au-delà d’un conteur et d’un moraliste, l’auteur de ghazals et d’odes lyriques amoureuses, aussi belles, dans un autre genre, que celles de son compatriote Hãfez.

kolliyat

   L’ensemble des écrits de Saadi fut rapidement réuni sous le nom de "Kolliyãt" (Œuvres complètes). On ne connaît pas la date où ses écrits furent rassemblés pour la première fois mais ce qui est certain, c’est que Saadi veillait lui-même à classer ensemble ses œuvres, que ce soit les recueils ou les morceaux divers. Nous pouvons lire par exemple à la fin d’un très vieil exemplaire des odes de Saadi, exemplaire qui date de vingt-sept ans après la mort du poète, que ce recueil a été organisé selon l’ordre d’un précédent recueil datant du vivant du poète et il y est précisé que ce dernier lui-même a choisi l’ordonnance des odes. Effectivement, la même règle et la même ordonnance est visible dans les plus vieux manuscrits existants qui précisent pour la plupart qu’ils ont été ordonnés selon l’ordre premier choisi par le poète lui-même.

l’histoire du prophète abraham, artiste inconnu, boustan de saadi

   L’influence de la poésie de Saadi fut telle qu’elle obtint immédiatement un succès phénoménal et qu’elle occupa désormais une place particulière dans la culture générale et surtout dans la langue persane par le biais des aphorismes qui parsèment ses contes et qui sont très souvent devenus des proverbes.

Cette particularité fit très vite connaître cette poésie aux étrangers qui voyageaient en Iran et qui, à leur tour, exportèrent ce symbole éminent de la culture iranienne.

    Ainsi, cette poésie, qui avait elle-même subi l’influence de plusieurs siècles de poésie persane, qu’elle complétait, influa non seulement les générations de poètes persans qui suivirent mais également tout un pan de la littérature étrangère. Aujourd’hui, grâce aux travaux des lettrés et orientalistes des deux bords, on peut vaguement dessiner les frontières de l’audience de Saadi en Europe, mais cela ne suffit pas, puisque peu de chercheurs se sont intéressés à l’audience de Saadi en Asie, qui est pourtant de beaucoup antérieure aux premières traductions occidentales.

(A suivre…)

Source:Teheran.ir

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