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  • 28/3/2009
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Après la crise, quelles pistes de changement, dans la régulation du capitalisme? (2)

dollar

Sommaire:

Une nouvelle régulation financière mondiale

Rééquilibrer les incitations individuelles au profit du long terme

Améliorer l’information financière

 

Une nouvelle régulation financière mondiale

   La crise économique actuelle révèle sur le plan microéconomique les insuffisances de la production d’informations et des pratiques du secteur financier. Sur le plan macroéconomique, elle illustre le caractère insoutenable des déséquilibres internationaux.

La crise est ainsi née d’une conjonction de mauvaises incitations et de réglementations inadéquates et d’un défaut de coordination des politiques économiques au niveau mondial.

   Partant de ce constat, il faut alors repenser, d’une part, la régulation du secteur de la finance et, d’autre part, les contours d’une gouvernance mondiale dont les principales institutions ont été formatées il y a plus de 50 ans. Les ajustements à apporter à la régulation financière mondiale, tant au niveau micro que macroéconomique, devront préserver la force du mouvement de rattrapage économique initié durant les deux dernières décennies, tout en garantissant la soutenabilité du régime de croissance.

Rééquilibrer les incitations individuelles au profit du long terme

   Les bénéficiaires des « bonus » du secteur financier ont été considérés au plus haut niveau de l’Etat comme responsables de prises de risques excessives, incités en cela par la rémunération asymétrique du risque1 et la préférence pour le présent. Les contrôles internes des établissements financiers peinent en effet à les limiter efficacement, faute d’incitations suffisantes puisque les contrôleurs, pouvant aussi aspirer à devenir traders eux-mêmes, sont indirectement intéressés aux gains de l’organisation dans son ensemble.

Inversement, les traders disposent d’un pouvoir de négociation car ils sont susceptibles, en quittant l’entreprise, de la priver d’une partie de ses profits2.

   Ce pouvoir de négociation pourrait être toutefois amoindri par des politiques de mobilité interne contraignantes. Cette incitation à des prises de position moins risquées pourrait être également confortée par une règle de place limitant le débauchage et instaurant des codes de bonne conduite suffisamment contraignants. Si de telles mesures s’avèrent inefficaces, car impossibles à généraliser au-delà des frontières nationales, la solution se trouve peut-être dans une réflexion sur la rémunération différée (par stock options), sinon la fiscalité de ces très hauts revenus. Mais il faudrait que les problèmes cruciaux de coordination qu’elle induit puissent être dépassés en ces temps de crise.

Améliorer l’information financière

   A ces incitations défaillantes au sein des établissements financiers s’est ajoutée une insuffisance de l’information financière. En effet, les modèles utilisés actuellement pour calculer la valeur de marché des actifs financiers (des plus simples aux produits dérivés les plus complexes) sont conçus pour fonctionner par « beau temps » mais n’arrivent pas à intégrer les événements extrêmes comme les crises de liquidité. Il faudrait ainsi enrichir les modèles d’une composante de « risque d’illiquidité des actifs ».

Ceux pour lesquels ce risque ne saurait être évalué de manière fiable devraient être écartés du bilan des acteurs de la sphère régulée qui sont les seuls, en théorie, à pouvoir bénéficier du sauvetage par l’Etat, et ce, afin de «garder les produits nocifs hors des lieux publics »3.

   Une asymétrie supplémentaire dégradant l’information nécessaire à un bon fonctionnement des marchés est née de la multiplication des transactions de gré à gré (effectuées sans passer par un marché cotant les produits échangés), notamment sur des produits dérivés. Les prises de risque liées à ces derniers seraient plus transparentes si l’on avait recours à une chambre de compensation pour ces opérations, qui agrégerait les informations concernant l’exposition des contreparties sur tout le marché. Elle permettrait d’assurer une gestion mutualisée et bien renseignée des risques individuels tout en limitant les comportements trop risqués par un mécanisme de surveillance mutuelle. Pour certains analystes, la visibilité qui en découlerait constituerait une réponse plus flexible que des restrictions d’activité trop étroites imposées aux établissements financiers4.

   Dans le prolongement des critiques adressées aux modèles d’évaluation du risque crédit, les agences de notation, qui assurent une mission de service public, devraient également affiner leurs notations en prenant en compte le risque de liquidité et le risque opérationnel.

Une transparence accrue des notes accordées par les agences et des méthodes utilisées par ces dernières, notamment pour l’évaluation du risque des actifs intervenant dans le calcul des ratios prudentiels des établissements financiers régulés, permettrait de ne pas laisser aux agences le soin d’imposer de facto la discipline réglementaire5.

   En outre, en raison des conflits d’intérêt susceptibles d’apparaître à travers la rémunération du travail des agences, il conviendrait de séparer clairement les activités de conseil et de notation. Ces buts ne semblent pas accessibles sans la création d’une agence chargée de la supervision du secteur.

Notes:

1. Bonus en cas de gain mais absence de pénalité en cas de perte sur les opérations.

2. Godechot O., 2008, «La crise des subprimes», Rapport du Conseil d’analyse économique, n° 78, Complément D, La Documentation

française.

3. Selon l’expression de Jean-Charles Rochet.

4. Tirole J., 2008, « Leçons d’une crise», Toulouse School of Economics notes, n° 1, décembre.

5. Tirole J. op. cit.

Source: Centre d’analyse stratégique «La note de veille», n°120, Janvier 2009

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